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Enquête CFO : les perspectives économiques en Suisse se sont assombries ; le risque de stagflation augmente

Zurich/Genève, 4 octobre 2022

Selon les entreprises suisses, les perspectives conjoncturelles sont plus moroses que six mois auparavant. Les résultats de l’enquête CFO menée par Deloitte montrent que l’effondrement économique n’est toutefois pas imminent. La crainte nait essentiellement des conséquences directes et indirectes des développements géopolitiques : inflation, goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement et alimentation en énergie. Les tensions en Allemagne et en Chine sont également sources d’inquiétudes. En outre, les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête CFO s’attendent à une inflation modérée et à une nouvelle hausse des taux d’intérêt directeurs. Une majorité des sondé.e.s estime que les perspectives économiques de leur entreprise restent positives pour les 12 prochains mois.

La situation géopolitique ainsi que ses conséquences directes et indirectes exercent une grande influence sur l’état d’esprit des entreprises suisses. Les perspectives économiques en Suisse pour les 12 prochains mois se sont fortement assombries. Il y a 6 mois, 22 % des directeur.rice.s interrogé.e.s par Deloitte prévoyaient un net recul de la croissance ; il.elle.s sont aujourd’hui 37 % à défendre cette idée. Ce chiffre en hausse traduit l’inquiétude naissante, mais ne laisse pas encore présager de véritable effondrement.

En comparaison avec d’importants partenaires commerciaux, la Suisse s’en sort plutôt bien. Si les CFO envisagent des perspectives similaires à celles de la Suisse pour les États-Unis, il.elle.s sont plus pessimistes pour l’Allemagne. En effet, 77 % prévoient une évolution défavorable chez notre voisin au Nord. S’agissant des perspectives économiques pour la Chine, longtemps considérées comme très positives, 64 % des sondé.e.s tablent sur une évolution négative de l’économie chinoise, qui affiche un niveau de croissance déjà nettement plus faible que les années précédentes.

De nombreuses entreprises anticipent malgré tout une croissance de leur chiffre d’affaires

En comparaison avec le trimestre dernier, les CFO sont davantage pessimistes quant aux perspectives de leur propre entreprise. En effet, une majorité (environ 1/3) perçoit une détérioration des perspectives financières par rapport au mois de juin. Toutefois, les perspectives d’entreprise pour les 12 prochains mois restent davantage positives (44 % positives, 27 % négatives ; le reste est neutre). Une nette majorité des sondé.e.s entrevoit une croissance de son chiffre d’affaires, même si, par rapport à l’enquête menée au printemps, la tendance est en baisse pour tous les chiffres-clés évalués. Les entreprises suisses souhaitent majoritairement continuer à augmenter leurs effectifs et leurs dépenses d’investissements au cours des 12 prochains mois, avec davantage de prudence. La pression sur les marges continue d’augmenter, à l’instar de la conscience des coûts.

La pénurie et la hausse des prix sont sources d’inquiétudes

Deux sujets occupent principalement l’esprit des CFO : la pénurie et la hausse des prix. À l’heure actuelle, les CFO considèrent l’inflation comme le risque le plus important. Les risques géopolitiques, en tête des risques pour les entreprises lors de la dernière enquête, occupent aujourd’hui la 7e place. Cette fois, ce sont les conséquences directes et indirectes de la situation géopolitiques qui prennent la tête. Outre l’inflation, les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement, les prix des matières premières et de l’énergie, ainsi que la crainte d’une pénurie d’énergie (nouveauté) s’inscrivent dans le top 10 des risques pour les entreprises. S’ajoutent à la liste la menace d’un affaiblissement de la demande et la pénurie de main d’œuvre.

Chine : de moteur de croissance à facteur de risque ?

Pour faire face aux risques géopolitiques, près de 40 % des entreprises suisses se focaliseraient sur une diversification des chaînes de valeur. Plus de 25 % des CFO sondé.e.s souhaitent réduire leur présence sur les marchés au sein desquels les risques géopolitiques sont accrus (28 %), voire se retirer de ces marchés (9 %). Parmi ces derniers, on retrouve la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie ainsi que la Chine. Reto Savoia, CEO de Deloitte Suisse, affirme : « Il est très étonnant de voir à quel point la Chine est mentionnée comme région présentant des risques géopolitiques accrus. Les avis sur la Chine sont de plus en plus diversifiés, et les entreprises en Chine commencent à se poser d’autres questions stratégiques. Bien que la Chine reste importante pour l’économie locale, sa réputation longtemps incontestable de moteur de croissance pour l’économie suisse d’exportation et de fournisseur fiable de produits de plus en plus qualitatifs commence à noircir. »

Les CFO pressentent une hausse du taux directeur de la Banque nationale suisse à 1,3 % au cours des 24 prochains mois. Dans cette perspective, les entreprises suisses tablent sur une inflation supérieure à la marge de fluctuation de 2,4 %, un taux qui reste toutefois modéré.

Pour les 12 prochains mois, les anticipations d’inflation se situent à 3 %, soit un taux en baisse par rapport au niveau actuel. Dans une même mesure, des augmentations de salaire sont attendues. Parallèlement, les mesures visant à atténuer les effets de l’inflation sont limitées. Environ 1/3 des entreprises indique pouvoir répercuter la hausse des coûts « en grande partie » sur la clientèle. D’autres mesures visant à atténuer l’inflation, comme la réduction de la consommation d’énergie ou la diversification de l’offre, ne sont que peu envisagées à grande échelle.

Jean-François Lagassé, Responsable du secteur des services financiers chez Deloitte Suisse, souligne le rôle essentiel de la Banque nationale suisse dans ce contexte pour les mois à venir : « La BNS doit continuer à agir avec détermination, même si la Banque centrale européenne venait à être indécise, au risque d’une spirale prix-salaire. Ces prévisions, combinées à l’attendu affaiblissement de la croissance, pourraient mener à une stagflation. »

Concernant l’étude :

L’enquête vise à recueillir les évaluations de Chief Financial Officers (CFO) et de responsables financiers d’entreprises importantes concernant les perspectives commerciales, les financements, les risques et les stratégies ainsi que les tendances et les tournants qui marquent l’évolution des entreprises en Suisse. Cette enquête menée auprès de CFO est unique en son genre en Suisse et est réalisée tous les semestres depuis l’automne 2009. La 44e enquête qui vient d’être réalisée pour le deuxième semestre 2022 s’est déroulée du 5 au 28 septembre. Au total, 127 CFO ont participé à l’enquête. Les participants représentent aussi bien des entreprises cotées que non cotées et appartiennent à tous les principaux secteurs de l’économie suisse. Compte tenu de la situation actuelle, nous avons décidé d’avancer la publication des résultats particulièrement critiques de l’enquête. La publication du rapport principal suivra au début du mois d’avril et présentera des résultats complémentaires.

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