Tendance

Actualité et perspectives de l’audit en Afrique Francophone

L’Afrique n’a pas échappé aux importants bouleversements survenus dans la pratique de l’audit ces dernières années.

Les régulateurs de nombreux pays ont entamé un vaste débat sur le rôle et la portée de l’audit suite à la dernière crise financière mondiale et aux scandales financiers à répétition des années 2000.

En 2010, la Commission européenne a publié un Livre Vert « Politique en matière d'audit : les leçons de la crise » dans le but de repenser le fonctionnement et la manière dont le marché de l’audit est structuré dans l’Union Européenne. La Commission reconnaît ainsi que l’audit contribue de manière cruciale à la stabilité financière et au rétablissement de la confiance du marché, et que les auditeurs ont une importante « fonction sociale » lorsqu’ils émettent une opinion sur la sincérité et l’image fidèle des états financiers.

En Afrique francophone, un important travail a été mené pour analyser les pratiques en matière de comptabilité, d’audit financier et de transparence financière au sein du secteur privé et des entreprises parapubliques.

Le principal constat qui ressort de ces analyses porte sur les évolutions favorables depuis le début des années 2000 du cadre légal et réglementaire en matière de comptabilité et audit. Ainsi, les 17 pays membres de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) ont imposé aux entreprises des obligations en matière de comptabilité, de présentation de comptes et de contrôle légal (audit externe) des comptes dans deux Actes Uniformes de l’OHADA.

Dans certains secteurs économiques clés, ce cadre a été complété par des dispositions légales ou règlementaires spécifiques (Commission bancaire de l’UEMOA ou de la CEMAC pour les banques, code CIMA pour les compagnies d’assurance). L’audit légal des états financiers (commissariat aux comptes) est ainsi obligatoire pour toutes les sociétés anonymes, les sociétés à responsabilité limitée (SARL) dépassant une certaine taille, les sociétés à participation publique majoritaire, les banques et les compagnies d’assurance. De plus, en Afrique centrale, l’entrée en vigueur de textes communautaires de la CEMAC concernant la profession comptable est venue définir le rôle du commissaire aux comptes et de l’expert-comptable en vue d’obtenir une meilleure fiabilité de l’information financière destinée aux tiers.
 

Constat

Les pratiques en matière de comptabilité, d’audit financier et de transparence financière peuvent bénéficier d’axes d’amélioration.

La mise en place des ordres professionnels doit être généralisée puisque tous les pays d’Afrique francophone n’en sont pas encore dotés.

Les processus de normalisation comptable doivent être perfectionnés car le système actuel souffre de diverses lacunes. La Commission de Normalisation Comptable créée par le Conseil des Ministres de l’OHADA en décembre 2008 doit y remédier et la question de la convergence des normes OHADA vers les normes IFRS doit y être débattue.

Les pays d’Afrique francophone doivent adopter des normes professionnelles nationales d’audit et un code de déontologie. Une solution pertinente serait d’adopter une traduction française des normes d'audit issues du référentiel international d'audit ISA élaboré par l'International Federation of Accountants pour les entreprises du secteur privé et les Normes d’audit établies par l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques pour le secteur public. L’adoption du code de déontologie réalisé par la Fédération Internationale des Experts-Comptables Francophones semble souhaitable en matière de déontologie et d’éthique.

Un autre axe d’amélioration consiste à instaurer un système de contrôle de l’exercice professionnel. Les pays dotés d’un ordre professionnel pâtissent de l’absence d’un contrôle qualité interne au niveau de l’Ordre. Rares sont les firmes qui ont leur propre processus de contrôle qualité interne, à l’exception des filiales des grands cabinets d’audit internationaux.
 

Axes d'amélioration

Enfin, la formation des professionnels de l’audit ne doit pas être négligée. Aujourd’hui, la plupart des diplômés d’expertise comptable en zone CEMAC sont obligés de suivre le cursus français. Il en résulte des coûts de formation élevés et un cursus inadapté aux réalités africaines. La mise en place d’un Diplôme d’expertise comptable régional à l’image du cursus d’expertise comptable DECOFI reconnu par le Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur permettrait de pallier ces carences.

L’amélioration de la pratique de l’audit en Afrique francophone est concomitante au développement de l’audit interne dans les entreprises, insuffisamment développé aujourd’hui. En effet, peu de sociétés disposent de services d’audit interne ou de comités d’audit. De surcroit, la profession d’auditeur interne est rarement organisée à l’exception de l’Institut des Auditeurs Internes en Côte d’Ivoire.

L’amélioration de la pratique de l’audit implique également l’ensemble des parties prenantes et notamment les pouvoirs publics, les régulateurs, les banques et les entreprises. Certains facteurs défavorables à une demande d’information financière de qualité, tels que la faiblesse des marchés de capitaux et le manque de dynamisme des bourses régionales, ne pourront être réglés rapidement compte tenu de leur caractère structurel. Le rythme des réformes devra donc tenir compte de la nature des faiblesses identifiées.

L’ampleur du travail à accomplir pour renforcer la qualité des audits en Afrique francophone et crédibiliser le rôle des auditeurs auprès du public et des utilisateurs des états financiers est considérable. Néanmoins, les progrès accomplis ces dernières années assurent un avenir favorable à l’audit dans cette région, notamment grâce à la Fédération Internationale des Experts Comptables Francophones.
 

Acteurs impliqués