Enjeux et implications de la coopération Chinafrique pour la fonction RH

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Enjeux et implications de la coopération Chinafrique pour la fonction RH

Les opportunités de développement pour l’Afrique

Une nouvelle hiérarchie mondiale se dessine avec la montée en puissance inexorable des pays émergents. Leur part dans le PIB mondial a considérablement augmenté depuis le début du siècle : moins de 20 % dans les années 1990, 35 % en 2012 et plus de 40 % en 2015 selon les prévisions du Fonds monétaire international. Les pays émergents ont ainsi contribué à 58% de la croissance économique mondiale entre 2010 et 2015, contre 32% pour les pays du G7.

Cette croissance soutenue est portée par l’émergence des BRIC. De récentes études montrent que, d’ici 2030, la Chine aura dépassé les Etats-Unis en termes de PIB et que d’ici 2050, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine seront quatre des cinq plus grandes puissances mondiales.

L’émergence des BRIC affecte l’économie tant des pays développés que celle des producteurs de matières premières et des autres pays en développement. D’autant plus que les BRIC initient des stratégies de coopération de plus en plus poussées avec les pays en voie de développement, ce qui représente une véritable opportunité pour les pays africains.

Une coopération en pleine expansion

La Chine mène, en particulier, une politique de coopération économique avec les pays africains, qui s’est fortement accélérée depuis le premier Forum de coopération sino-africain de 2000. Le récent sommet entre le Congo et la Chine, qui s’est déroulé à Guangzhou le 18 juin 2014, rappelle l’importance croissante de cette coopération et la volonté chinoise de capitaliser sur les potentialités de développement de l’Afrique.

En effet, sur fond de crise économique mondiale, les pays émergents, et notamment la Chine, sont progressivement devenus les nouveaux moteurs de croissance de l'Afrique. En 2013, les échanges commerciaux sino-africains ont dépassé pour la première fois les 200 milliards de dollars US alors qu’ils n’étaient que de 90 milliards en 2009, date à laquelle la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique devant les Etats-Unis et l’Union européenne.

A ce jour, la Chine a signé des accords d’échanges bilatéraux avec 45 pays africains et plus de 2 000 entreprises chinoises sont aujourd’hui implantées en Afrique, couvrant des secteurs allant de l’agriculture traditionnelle à la finance, en passant par l’exploitation minière, la construction ou les télécommunications.

Les investissements directs chinois en Afrique dépassent aujourd’hui les 15 milliards de dollars US. Si ces investissements ont permis l’amélioration des soins médicaux, de l’éducation et du secteur social, ils ont permis de renforcer le potentiel de développement du continent en améliorant l'environnement d'investissement.

Une coopération basée sur la stratégie du "gagnant-gagnant" qui ne va pas sans heurts

Selon une étude récente menée dans 15 pays africains par l'Institut d'éthique de l'Afrique du Sud avec l'aide de Global Compact Network Kenya, une majorité de la population africaine se dit être satisfaite de cette coopération qui a permis de créer des emplois et des opportunités « gagnant-gagnant » participant au développement du continent. Cependant, le renforcement des liens sino-africains ne va pas sans heurts.

En février 2013, par exemple, suite à une révolte des mineurs contre leurs conditions de travail, le gouvernement zambien avait pris le contrôle d'une mine de charbon exploitée par une société chinoise, l'accusant de ne pas payer ses redevances, ni de respecter les normes environnementales et de sécurité. La même année, le syndicat sud-africain des industries textiles a lancé une grève illégale pour réclamer une augmentation des salaires et le paiement des congés payés et maladie. L'incident le plus grave a eu lieu au mois d'août 2012 en Zambie. Un Chinois, gérant d'une mine de charbon, a été tué par des ouvriers en grève qui réclamaient une hausse de leurs salaires.

Lors d'un précédent conflit, en 2011, deux contremaîtres de cette entreprise avaient tiré sur des mineurs en en blessant une dizaine. 

Si le sentiment antichinois, variable selon les pays, tend parfois à être exagéré, l’attitude des entreprises chinoises continue à être régulièrement dénoncée par des organisations non gouvernementales de défense de droits de l'homme.

La coopération sino-africaine se renforçant à un rythme soutenu ces dernières années, les entreprises chinoises implantées en Afrique ont un rôle de plus en plus important dans la création d’emplois et le développement des compétences des salariés africains. Cependant, de récentes tensions viennent entacher ce tableau, conflits aussi alimentés par l'importation de main-d’œuvre chinoise : plus d’un million de ressortissants chinois travaillent ainsi en Afrique.

Cette cohabitation est source de différends impactant fortement les entreprises. La fonction RH se retrouve alors projetée au cœur de la réussite de la coopération sino-africaine et doit répondre aux nombreux défis qui se posent, notamment aux entreprises qui font travailler ensemble ressortissants chinois et salariés africains.

Les ressources humaines, en revêtant un rôle de véritable business partner et de gestionnaire de capital humain, disposent d’un ensemble d’outils qui sont à même d’améliorer la coopération sino-africaine au sein des entreprises. 
 

Quatre grands enjeux

Des compétences variées nécessitant un travail important de formation des salariés

Les salariés africains et chinois ont des formations très différentes. Il est ainsi difficile de comparer les diplômes obtenus et le niveau d’expérience nécessaires pour exercer un même poste entre des salariés chinois et africains.
La fonction RH doit mettre en place une véritable stratégie de formation et de développement des salariés pour harmoniser les compétences au sein de l’entreprise et avoir une vision globale des compétences dont elle a besoin.

Des pratiques sociales et réglementaires différentes, sources d’incompréhension

L’interprétation de la législation sociale et la méconnaissance des différences culturelles par les entreprises chinoises sont souvent à l’origine d’incompréhensions et de polémiques aboutissant à des conflits sociaux fréquents entre salariés africains et chinois.
Dans ce cadre, la fonction RH, à travers la gestion des relations sociales, revêt un aspect crucial. Le développement des négociations collectives à grande échelle pourrait désamorcer les troubles avant qu’ils s’enveniment. Cependant, il revient également aux Etats africains de faire appliquer les réglementations du travail votées pour empêcher des dérives importantes.

Des pratiques de rémunération et d’avantages sociaux différentes selon les salariés

On constate des écarts de rémunération importants entre les salariés chinois et les salariés africains pour des niveaux de responsabilité équivalents. Comme tout enjeu lié à la rémunération, ces pratiques constituent des sources de conflits entre salariés africains et chinois.
Seul le développement des pratiques de Compensation & Benefits peuvent rationnaliser et harmoniser les pratiques de rémunération et d’avantages sociaux entre les salariés.

Cohabitation de cultures divergentes

Accepter la culture locale ou imposer la culture chinoise est une question à laquelle de nombreuses entreprises sont confrontées. Elles doivent ainsi faire face à la cohabitation de cultures divergentes, ce qui a un impact fort sur la culture organisationnelle de l’entreprise, notamment concernant le style managérial ou la langue utilisée au sein de l’entreprise.
La fonction RH intervient également dans ce cadre, en mettant l’accent sur la communication interne et en travaillant en profondeur sur la conduite du changement organisationnel avec l’ensemble des salariés concernés.