santé

Etude

Etude Santé 2017

Les Français et la santé

A quelques semaines d’un scrutin présidentiel où les questions de santé occupent une place primordiale, Deloitte a interrogé les Français sur leurs attentes vis-à-vis du système de santé. Le baromètre révèle leur attachement pour leur système de santé, mais aussi leur lucidité quant aux défis qu’il doit surmonter. Ils se montrent résolument « orientés vers l’action » : désireux de devenir acteurs de leur santé à titre individuel et favorables à une réforme en profondeur du système.

Une satisfaction globale et une conscience des défis à relever

Année après année, les Français continuent d’afficher une satisfaction élevée à l’égard du système de santé hexagonal. 81 % des Français se déclarent ainsi « tout à fait » ou « plutôt » satisfaits de la qualité des soins, 82 % de la sécurité des soins, et 75 % de la pédagogie du personnel soignant.

Ceci étant, les Français perçoivent désormais clairement les limites du système actuel et ses besoins d’évolution.

D’abord, ils sont de plus en plus nombreux à éprouver des difficultés pour accéder aux soins. De fait, ils sont 66 % à avoir déjà dû renoncer à des soins. La cause en est d’abord financière : 48 % des Français ont renoncé face au coût des soins – une proportion qui grimpe à 69 % chez les Français dont le foyer dispose d’un revenu mensuel inférieur à 1 000 euros. Mais la difficulté à obtenir un rendez-vous pèse également, et ce pour 45 % des Français. Enfin, l’éloignement géographique a constitué un frein pour 25% des Français – une proportion qui grimpe à 35 % chez les Français habitant à la campagne. A ce titre, lutter contre les déserts médicaux constitue désormais une orientation jugée « primordiale » par 47 % des Français, en tête des priorités en matière de santé.

Ils sont également préoccupés par le vieillissement, s’inquiétant à la fois de ses implications sur leur qualité de vie et celle de leurs proches, ainsi que sur l’équilibre financier du système. Près de neuf Français sur dix estiment ainsi qu’il est « primordial » ou « important » d’améliorer l’accompagnement des personnes dépendantes. En parallèle, rétablir l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale constitue toujours l’une des trois orientations considérées comme prioritaires par les Français.

Face à ces divers enjeux sociétaux, les Français font preuve d’une maturité notable. Ils se montrent à la fois désireux d’agir à titre individuel et ouverts à des réformes systémiques.

Une forte demande de responsabilisation chez les Français

Les Français manifestent leur souhait de se prendre en main, de devenir acteurs de leur santé, notamment à travers la prévention, sur laquelle ils jettent un regard très favorable. Dans le même temps, ils sont une majorité à désirer que les comportements vertueux soient récompensés et, qu’à l’inverse, les personnes qui prennent des risques soient amenées à en supporter en partie le coût.

La faculté d’agir sur leur propre santé ressort comme une aspiration forte des Français : 77 % d’entre affichent une « forte volonté personnelle » d’action. Celle-ci se traduit, entre autres, par la pratique d’un exercice physique régulier (47 % de la population), le suivi du poids, l’attention portée au régime alimentaire ou le dépistage. Ce qui motive les Français ? Vivre mieux, plus longtemps, se prémunir des maladies graves ou chroniques, retarder l’âge de l’entrée en dépendance.

Volontaires, les Français sont demandeurs d’accompagnement et d’incitations personnalisés pour les aider à passer à l’acte. Ainsi, ils souhaiteraient être orientés vers des professionnels en fonction de leurs besoins (81 % de la population), être coachés (66 %), voire bénéficier de récompenses – financières ou autres (48 %). Pour les accompagner sur la prévention, ils feraient davantage confiance aux professionnels de santé, aux institutions publiques ou aux mutuelles, qu’à de nouveaux acteurs (start-ups, grandes entreprises du web) qu’ils estiment peu ou pas légitimes en la matière (61 %).

Responsables pour eux-mêmes, les Français attendent de leurs concitoyens qu’ils le soient aussi. Ils sont très majoritaires (57 %) à juger que les comportements à risque devraient se traduire, pour leurs auteurs, par une contribution aux frais de santé qu’ils génèrent.

Un intérêt, quoique conditionnel, pour la e-santé

Aux yeux des Français, le recours à l’innovation constitue un deuxième axe de réponse aux grands enjeux de santé publique. S’ils apparaissent, par principe, plutôt favorables aux nouvelles technologies, ils posent néanmoins quelques conditions : préservation d’un lien humain fort, garanties en matière de données personnelles, vraie valeur ajoutée au-delà du « gadget ».

Ainsi, la télémédecine apparaît comme un outil intéressant pour palier aux déserts médicaux – 30 % des Français se disent prêts à l’utiliser ; ils sont très majoritairement favorables à son usage pour le renouvellement d’ordonnance, l’information médicale, la prise d’un second avis médical, un premier diagnostic à distance ou même une consultation. Par ailleurs, les solutions qui permettraient d’améliorer l’efficacité des personnels soignants sont également perçues favorablement : c’est le cas du dossier médical électronique, que 39 % des Français seraient disposés à adopter, des outils de prise de rendez-vous en ligne (32 %), voire même des robots – près des deux tiers des Français autoriseraient leur mise en œuvre pour améliorer leur prise en charge.

Ceci étant, l’intérêt des Français pour la technologie n’est pas inconditionnel. D’une part, ils exigent d’en percevoir la valeur ajoutée – à ce titre, l’usage des applications mobiles de santé, des objets connectés et des sites internet et forums spécialisés recule. 32 % des Français estiment que le manque de preuves d’efficacité de certaines techniques de e-santé constitue un frein à leur adoption. Par ailleurs, ils restent sourcilleux face au partage de leurs données de santé : très enclins à y donner accès aux médecins et personnels de santé, voire éventuellement à leur mutuelle, ils sont en revanche réticents face à d’autres acteurs. Au final, les Français continuent de se montrer attachés à l’interaction humaine, favorisant plutôt une médecine « augmentée » qu’une médecine automatisée.

De réelles aspirations à l’évolution du rôle des acteurs

Face à la volonté d’action des Français, le système de santé apparaît, sinon obsolète, du moins en retard par rapport aux évolutions sociétales. Les Français manifestent une volonté claire de redéfinition du rôle des principaux acteurs.

A l’Etat, ils attribuent des prérogatives fortes en matière de régulation, face aux enjeux considérés comme les plus critiques. Par exemple, pour lutter contre les déserts médicaux, ils sont 88 % à estimer qu’il serait « primordial » ou « important » de fixer des contraintes à l’implantation géographique des médecins, et 71 % à ouvrir le numerus clausus pour les médecins. L’accessibilité économique des soins constitue un autre axe d’intervention attendu : à ce titre, 76 % des Français soutiennent la généralisation du tiers-payant, tandis que 75 % verraient d’un bon œil la création d’une agence de contrôle pour limiter le coût des mutuelles.

Le rôle de l’Assurance maladie continue de faire débat, mais des évolutions structurelles ne semblent plus taboues. Ainsi, la moitié des Français appuierait un recentrage des remboursements par la Sécurité sociale sur les pathologies lourdes et les affectations de longue durée, tandis que les soins légers seraient couverts par les assurances privées. Et une part significative d’entre eux (36 %) pense que les remboursements devraient varier en fonction des revenus de l’assuré.

Enfin, les complémentaires de santé font désormais partie intégrante du dispositif, puisque 90 % des Français y sont affiliés – 55 % à titre individuel et 35 % à titre collectif. La principale attente face aux complémentaires porte sur l’aide au financement des soins mal remboursés par la Sécurité sociale (optique, soins dentaires, acoustique) : 82 % des Français la mentionnent en premier ou en second. Cette attente n’est que partiellement remplie, car les taux de satisfaction sont élevés pour le remboursement des médecins et médicaments (plus de 80 %), mais chutent ensuite pour les soins dentaires et l’optique (respectivement 55 % et 54 %). Pour augmenter le niveau de remboursement de leurs dépenses de santé – et limiter un reste à charge croissant – les Français sont désormais 15 % à envisager de recourir à une couverture supplémentaire. De fait, on voit émerger un dispositif à trois étages (Sécurité sociale, mutuelle collective, complémentaire individuelle). Mais outre les attentes sur le financement, les Français souhaiteraient aussi que les complémentaires montent en puissance sur deux « angles morts » du système actuel : l’accompagnement au bien vivre et au bien vieillir, via des services de prévention et des services d’aide à la personne, ainsi que l’orientation vers les établissements et professionnels de santé, ce qui tend à montrer que la transparence sur la qualité et la tarification des soins reste perfectible. Ces attentes, croisées avec la confiance relative des Français envers les mutuelles pour partager avec elles leurs données de santé, constituent une réelle opportunité pour ces dernières.

Les Français et la santé

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Etude santé 2017