Compétitivité française et géographie

Point de vue

La compétitivité française est, aussi, affaire de géographie

Point de vue de Jean-Paul Betbeze

À la question : « D’où vient la compétitivité française ? », les entreprises ont en fait des réponses assez voisines. Elles mettent en avant la gestion des compétences, des talents et des caractères pour plus de la moitié, puis le pilotage de la performance et la satisfaction client, puis le développement des systèmes d’information et l’évolution des modèles organisationnels. Ce qui est très intéressant dans le baromètre Deloitte/L’Usine Nouvelle, c’est qu’elle fait apparaître une large communauté de pensée entre les entrepreneurs, que ce soit dans l’industrie ou les services, dans les grandes unités ou les PME.

La compétitivité est un concept complexe, plus ressenti qu’aisé à calculer. Il concerne en effet la façon dont l’entreprise se projette dans son environnement, pour continuer à y réussir et à prospérer. Cette projection intègre les évolutions de la demande, de la concurrence, de l’innovation et, crucialement, la façon dont l’entreprise pourra y répondre. Y répondre par sa finance et sa rentabilité bien sûr, y répondre par la mobilisation de ses capacités humaines plus encore. Or cette capacité dépend des lieux où elle se déploie.

Ainsi, à la question « Quelle est la compétitivité de votre (vos) site(s) de production(s) ? », 39,3% des sondés répondent qu’il n’est pas assez compétitif, mais qu’ils sont optimistes pour l’avenir et 11% qu’il n’est pas assez compétitif et qu’ils sont pessimistes pour l’avenir. Pour l’assurance et la finance, à ces mêmes questions, 46,2% des sondés répondent que leur site n’est pas assez compétitif, mais qu’il pourra le devenir et 7,7% qu’il ne l’est pas et pourra difficilement le devenir.

Ainsi, plus de la moitié des réponses liées à la compétitivité dépendent du site de production ou de distribution. C’est dire à quel point la compétitivité n’est pas seulement affaire de salaires et de coûts, mais bien plus de motivation, d’implication et de bien-être des salariés, de leurs qualifications, de qualité et de talent des managers dans le lieu où ils vivent. Ceci correspond d’ailleurs aux réponses fournies à l’enquête, qu’il s’agisse des entreprises de plus ou de moins de 250 salariés.

Au total, par croisement, ce sont les mêmes ingrédients pour la compétitivité actuelle et future que l’on retrouve partout, presque indépendamment des secteurs et des tailles d’entreprises. Ceci veut bien dire que l’alchimie qui fait la compétitivité combine les mêmes facteurs, mais adaptés à l’entreprise et à ses besoins, plus ou moins bien offerts par l’écosystème dans lequel elle travaille.

Ce sont donc les métropoles, les bassins d’emplois, les pôles de compétitivité qui font et feront la différence. Pour chacun, l’adéquation entre les capacités humaines et techniques doit être trouvée ; et les lycées professionnels et les écoles d’ingénieurs, de commerce et les facultés, l’enseignement secondaire et supérieur doivent être mis à l’unisson pour la formation initiale ou permanente.

Chaque lieu a ses points forts, souvent liés à son histoire. Ce seront l’aviation à Toulouse, la micromécanique dans la vallée de l’Arve, la chimie et la santé à Lyon, la cosmétique près d’Orléans par exemple. Les filières de production et de distribution se construisent et se renforcent ainsi, avec la capacité d’aligner les forces de chaque territoire. C’est bien la base de la compétitivité des territoires d’aujourd’hui et de demain qui façonnera celle des engagements des entreprises pour le futur. C’est la vraie source de motivation des jeunes et des moins jeunes.

Il est ainsi remarquable que l’enquête Deloitte montre que 80% des sondés jugent leur entreprise compétitive, 82,4% pour les entreprises de plus de 250 salariés et 78,6% pour celles de moins de 250 salariés. Ils ont donc foi dans leurs territoires et dans leurs capacités à les faire évoluer.

Devant les inquiétudes qui se répandent sur l’économie française et son futur, la réponse par la compétitivité liée aux territoires est en fait la meilleure. C’est elle qui permet de définir les besoins et les attentes pour donner à chacun, entreprises, salariés et jeunes, une feuille de route qui conduit au succès. Qu’on se le dise : la compétitivité passe par l’unification et la mise sous tension des territoires.

Jean-Paul Betbeze