Point de vue

La «French Tech» à l'assaut du monde

Devialet, Sigfox, OVH ou Criteo… De nombreuses entreprises technologiques françaises ont réussi des levées de fonds historiques, notamment dans la Silicon Valley. Comment ces start-up se sont-elles imposées à l'international ? Où en est la French Tech aujourd'hui ? Eléments de réponse avec Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique.

Faire de la France une pépinière de start-up, capable de rivaliser avec les plus grandes places internationales, tel est l'objectif que s'est fixé Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat chargée du numérique. Sous ce grand projet, se hisse le label French Tech. Lancée par le ministère le 27 novembre 2013, l'initiative œuvre pour la croissance et le rayonnement des start-up numériques françaises à l’international. «La France s'exporte mieux que jamais», annonce Axelle Lemaire qui fait notamment l'éloge des propos de John Chambers, le PDG de Cisco de passage à Paris : «lorsqu'il est en France, il a l'impression de voir la Silicon Valley. La France, c'est l'avenir selon lui !»

Cette montée en puissance de l'entrepreneuriat français à l'étranger se traduit notamment par des levées de fonds qui s'enchaînent dans le petit monde de la "French Tech*". «Le marché du capital-risque a augmenté de 70% au premier semestre et quand on sait à quel point il est difficile pour les start-up d’obtenir des financements, c'est très encourageant», se réjouit la secrétaire d'État. Un vent d'optimisme souffle sur la "French Tech". «La possibilité de recourir à des investissements privés est primordiale d'où mon insistance sur l’attractivité et la reconnaissance de la French Tech à l'international», poursuit-elle. Levée de fonds, entrée en Bourse, les jeunes pousses françaises sont sur le devant de la scène depuis le début de l'année. «Ces bonnes nouvelles reflètent un dynamisme du marché qu'on n'avait pas vu depuis 15 ans. L'idée est de renverser ce qui, il y a encore peu de temps, était considéré comme une fatalité. Avant, les start-up devaient quitter la France pour réussir. Aujourd'hui, les entrepreneurs français aspirent à rester en France grâce à des investisseurs étrangers. Il y a un vrai changement de paradigme», affirme la secrétaire d'Etat. Le succès de Criteo, cotée au Nasdaq, explique en partie l'appétit des investisseurs internationaux.

Au-delà de la question du financement, l'international reste également un passage obligé pour les entreprises françaises désireuses de se développer. En haut du peloton, les Etats-Unis continuent d'être un marché commercial incontournable. «Elles ont ainsi accès à un marché de plus de 500 millions de consommateurs qui reste très concurrentiel mais relativement prévisible et transparent», souligne Axelle Lemaire. Nombreuses sont aussi les start-up qui «explorent l'Asie et en particulier la Chine grâce à l’émergence d'une classe moyenne de plus en plus importante. C'est un horizon très intéressant», précise l'ambassadrice de la French Tech à l'international. Autre marché porteur, celui de l'Europe. Enfin, l'Afrique est également un marché en très forte croissance, «notamment sur le segment des smartphones, de la e-santé ou de la communication».

Parmi les entreprises technologiques qui réussissent à l'international, «Blablacar est devenu un symbole de réussite à la française», explique Axelle Lemaire. «Dans le secteur des télécoms, de la cybersécurité et des objets connectés, là aussi, il y a de belles réussites : Sigfox en est un très bon exemple. Dans le domaine de l'acoustique et de la musique, Devialet s'exporte très bien», énumère-t-elle encore. Concernant les autres secteurs porteurs, «nous sommes très attendus sur le Big Data, le calcul intensif et l'intelligence artificielle». Pour la secrétaire d’Etat chargée du numérique, «ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Facebook a choisi la France pour son laboratoire de recherche d'intelligence artificielle». Enfin, le secteur «qui fait que Paris est en train de s'imposer comme la capitale la plus attractive en Europe, c'est celui de la biotech», se félicite la secrétaire d’Etat. Dans cette dynamique, EnterNext, un marché dédié aux PME au sein d'Euronext, a notamment été lancé pour construire une véritable plateforme d'entreprises technologiques en Europe. «Ce qui explique que les entreprises allemandes et irlandaises viennent aujourd'hui se faire coter à Paris.»

Malgré l'existence de modèles tels que Criteo et Blablacar, la France manque encore de champions internationaux. «Il faut encourager les jeunes diplômés à se lancer dans la création d’entreprise car les hésitations sont encore fortes entre un parcours plus classique, plus stable, et le fait de franchir le pas vers la création d’entreprise», souligne Axelle Lemaire. Le gouvernement a ainsi lancé un appel à projets pour développer la culture entrepreneuriale à l'école avec la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Deuxième élément : les fonds d'investissement manquent dans notre pays. «En France, le marché des fonds d’investissement reste encore trop éparpillé et fragmenté. On a beaucoup de fonds mais qui restent petits. Je pense que la tendance à terme aboutira à des concentrations. Pour l'heure, nous devons donc convaincre les start-up d'aller à l'international car les sources de croissance se font encore sur les marchés étrangers» conclut Axelle Lemaire.