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Les entreprises africaines face aux déficits d'infrastructures

Le déficit d’infrastructures constitue un chantier majeur pour les entreprises africaines

L’Afrique, en particulier sub-saharienne, manque des infrastructures nécessaires à une croissance économique inclusive et à son insertion dans une économie mondialisée. Ce déficit en infrastructures conduit à une croissance de coûts de production et des services, une baisse de la compétitivité des affaires et un impact négatif sur le flux des investissements directs étrangers sur le continent.

Selon la Banque Mondiale, le déficit d’infrastructures prive l’Afrique de 2 % de croissance annuelle du PIB. Quant aux entreprises, elles pourraient réaliser 40 % de gains de productivité avec des équipements adaptés. Les entreprises africaines jouent-elles un rôle dans la transformation du continent ? Et quelles sont les conditions qui permettraient de favoriser l’émergence de champions africains dans le domaine des infrastructures ?

Des secteurs à fort potentiel pour les entreprises africaines

Le transport et l’électricité représentent des opportunités intéressantes pour les entreprises africaines, d’autant plus que de nombreuses améliorations peuvent encore être apportées sur ces réseaux essentiels à la performance du continent. Par exemple, la faiblesse des liens entre les différents modes de transport (maritime / fer / route) augmente les coûts dans le transport international de marchandises. Le développement des services logistiques dans son ensemble est entravé par des obstacles administratifs, réglementaires et de gouvernance.

 

De même, l’efficacité de fonctionnement des services publics d’électricité pourrait encore être améliorée par des réformes institutionnelles et des investissements importants dans les infrastructures d’énergie, d’un montant estimé à 41 milliards de dollars par an selon la Banque mondiale.

 

La révolution des technologies de l’information et de la télécommunication fait également émerger de nouveaux enjeux. Après une croissance spectaculaire depuis le milieu des années 90 – principalement dans la téléphonie mobile – il reste encore plusieurs défis à relever, parmi lesquels celui des infrastructures de base pour augmenter la disponibilité des services à large bande ou celui du manque d’accès concurrentiel aux câbles sous-marins, qui maintiennent à des niveaux élevés le prix des appels vocaux internationaux et la connectivité Internet très haut débit.

Une volonté forte en faveur du développement des infrastructures

Les conséquences de ces lacunes infrastructurelles sont notables et affectent directement la population. Tout d’abord, seuls 10 % des échanges commerciaux en Afrique sont inter-régionaux contre 70 % en Europe et 50 % en Asie. Ensuite, les consommateurs en paient le prix : selon les territoires, plusieurs services élémentaires comme l’accès à l’électricité, à l’eau ou à Internet sont deux fois plus chers qu’ailleurs dans le monde.

 

Il serait donc bénéfique de faciliter l’émergence d’entreprises africaines pour prendre part à ces grands chantiers. En réalité, l’implication des entreprises africaines est actuellement difficile à estimer faute de chiffres, mais on sait que les grands groupes africains dans le secteur sont peu nombreux (tandis que les TPE-PME, les travailleurs indépendants ou les travailleurs du secteur informel s’impliquent dans l’exécution des projets).

 

Pour changer la donne, plusieurs axes de réflexion et de progrès sont identifiés. Sur le plan réglementaire, le cadre législatif et fiscal gagnerait à évoluer en faveur d’une libre-circulation des personnes et des investissements. Par ailleurs, des mesures facilitant l’accès des entreprises africaines au financement et aux marchés de capitaux peuvent encore être prises. Globalement, le recours à une forme de discrimination positive pourrait s’avérer indispensable, en donnant aux entreprises locales une place privilégiée dans les grands programmes de développement tels que le PIDA (programme de développement des infrastructures en Afrique) ; en développant des accords obligatoires entre acteurs locaux et étrangers ; ou encore en déterminant un pourcentage de la commande publique réservé aux entreprises locales. Pour toutes ces options, le rôle de l’Etat sera déterminant dans la réussite des projets, sans oublier l’intervention des organismes de développement, des banques et des investisseurs.