Posted: 05 Jun. 2020 5 Temps de lecture

Retour au travail des Canadiens et des Américains, et données records sur l’emploi des deux côtés de la frontière

Aujourd’hui était une journée spéciale pour les économistes canadiens. Nous avons reçu non seulement un mais deux rapports sur l’emploi qui figurent sans doute parmi les instruments d’évaluation de la santé économique au Canada et aux États-Unis les plus précis et opportuns.

L’économie canadienne a révélé toute une surprise. Selon l’enquête sur la population active de Statistique Canada, 289 600 emplois ont été créés le mois dernier, alors qu’environ trois millions d’emplois ont été perdus au cours des deux mois précédents. Le nombre d’emplois créés est nettement plus encourageant que ce que la plupart des analystes prévoyaient; le consensus s’attendait plutôt à une perte de 500 000 emplois avant la publication du rapport.

Dans le détail, les données sont favorables à une croissance économique. La majorité des emplois créés sont des postes à temps plein (hausse de 219 400), mais une hausse des postes à temps partiel a également été observée (hausse de 70 300). Cela se traduit par un bond remarquable du nombre d’heures total de 6,3 % au cours du mois, soit plus du triple de la vitesse de l’ajout d’emplois (1,8 %).

Le secteur des biens est en tête en mai avec une hausse de la création d’emplois de 5,0 % (165 000 emplois) par rapport au mois précédent. Les secteurs des services ont aussi créé des emplois, mais la hausse de 1 % (125 000 emplois) est plus faible, tant d’un point de vue absolu que relatif. Le secteur le plus touché, soit les services de restauration et l’hébergement, a enregistré la plus forte hausse des emplois (hausse de 6,8 %) au cours du mois de mai. Les autres hausses des emplois ont été observées au sein de la construction (hausse de 6,3 %), du secteur manufacturier (hausse de 5,5 %) et de la gestion des ressources naturelles (hausse de 4,9 %), alors des baisses ont continué d’être enregistrées le mois dernier dans les services administratifs et de gestion des déchets (baisse de 4,5 %) et du transport et de l’entreposage (baisse de 2,8 %).

Le taux de chômage a augmenté de 0,7 point pour s’établir à 13,7 % en mai, atteignant ainsi un autre record mensuel. Le taux de chômage est maintenant de 8 points supérieurs au taux de 5,6 % enregistré avant la pandémie de COVID-19. Le taux principal ne tient pas compte des gens qui voulaient travailler, mais qui ne cherchaient pas d’emploi (parce qu’ils prévoyaient retourner au travail une fois le confinement levé). Si l’on tient compte de cet aspect pour avoir un meilleur aperçu du nombre de personnes sans emploi, le taux de chômage est demeuré inchangé en mai à 19,6 %.

Le sondage a été mené durant la semaine du 10 au 16 mai, alors que la plupart des provinces commençaient déjà à rouvrir des parties de leur économie. L’Alberta, l’Ontario, et la Nouvelle‑Écosse ont été les seules provinces à maintenir un confinement complet durant cette semaine. L’Ontario a été la seule province à perdre des emplois (-65 000), le taux de chômage y ayant bondi de plus de deux points pour s’établir à 13,6 % – presque à égalité avec la moyenne nationale.

Les analystes de Wall Street ont été tout aussi surpris que leurs collègues de Bay Street par le nombre d’emplois créés. Tous s’attendaient à une perte de 8 millions d’emplois, ce qui se serait ajouté aux chiffres dramatiques d’avril, quand plus de 20 millions d’emplois ont été perdus. Au contraire, l’économie américaine a réussi à ajouter 2,5 millions d’emplois en mai. Fait encore plus encourageant, les entreprises américaines ont embauché ou réembauché 3,1 millions de travailleurs, alors que les services gouvernementaux ont affiché une contraction de 585 000 emplois. Les pertes du secteur public ont été principalement observées à l’échelle locale, alors que les écoles de la plupart des États sont demeurées fermées durant le mois. En plus des gouvernements, seulement quatre secteurs (surtout capitalistiques) ont supprimé des emplois le mois dernier. Il s’agissait des services publics (‑2 300), du transport et de l’entreposage (‑19 000), de l’information (‑38 000), et des mines (‑20 000). Si pour le secteur minier les perspectives restent incertaines, les autres secteurs devraient afficher des niveaux d’emploi plus élevés dans les prochains rapports. 

Les bonnes nouvelles ne se sont pas limitées aux points saillants. Le nombre total d’heures travaillées, qui est sans doute une mesure plus précise de la production économique, a augmenté encore plus rapidement que le nombre d’emplois, le dépassant d’un point entier pour se fixer à 4,3 %. Et, malgré la baisse de 29 cents en mai (qui s’explique en grande partie par des changements rapides de composition de l’effectif), les salaires moyens ont augmenté de 6,8 % par rapport à ceux de l’an dernier, sans compter que le choc de la transition pourrait éventuellement offrir des hausses de salaire permanentes aux travailleurs américains en modifiant l’offre et la demande de main-d’œuvre. 

Il est encore plus encourageant d’observer que malgré la prévision d’une augmentation de 5 % pour atteindre près de 20 %, le taux de chômage principal (U3) a diminué en mai. Après avoir monté en flèche de plus de 10 % pour atteindre 14,7 % en avril, le taux de chômage a diminué de plus d’un point pour atteindre 13,3 % alors que plus de deux millions d’Américains retournent au travail. Cette diminution est encore plus impressionnante dans un contexte où 1,7 million de personnes sont retournées au travail en mai. L’amélioration du taux principal a été corroborée par la diminution de 1,6 % du taux de chômage élargi (U6), qui englobe les personnes qui ne sont pas à la recherche d’un travail étant donné qu’elles prévoient reprendre leur emploi actuel, pour atteindre 21,2 %, un taux tout de même élevé.

Sans surprise, les marchés des capitaux ont été optimistes à l’égard de ces résultats, et la tolérance au risque a augmenté à grande échelle. Les actions américaines ont bondi d’environ 2 %; en particulier, l’indice Dow Jones a augmenté de plus de 800 pour atteindre environ 27 000 points. L’augmentation de cette tolérance au risque a également favorisé l’augmentation des prix du pétrole. Le prix de référence du West Texas Intermediate (WTI) a augmenté de 5 % pour atteindre près de 40 $; une bonne nouvelle pour l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador.

Les constatations des deux rapports sur l’emploi correspondent à nos attentes : l’économie a repris sa croissance en mai et elle continuera de croître au cours des prochains mois. Cependant, en raison de la relance graduelle de l’économie et des risques de santé qui persistent, nous continuons de prévoir une reprise lente et graduelle. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous vivons actuellement un tournant. Il est peut-être temps de sortir le champagne.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.