Posted: 25 Jun. 2020 5 Temps de lecture

Les indices des directeurs des achats affichent une tendance en V, ce qui ne se reflète pas dans la reprise

IHS Markit publiait aujourd’hui ses indices des directeurs des achats aux États-Unis et en Europe. Ces indices ont connu un net regain en juin, étant donné le déconfinement de l’économie dans les régions respectives. Cela dit, ils sont restés en deçà de la barre des 50 points, c’est-à-dire le seuil de croissance, ce qui suppose un recul de la contraction; cependant, les directeurs des achats ne signalent aucune croissance. Quoi qu’il en soit, les marchés boursiers mondiaux ont affiché une remontée suivant la nouvelle d’une plus forte amélioration que prévu des indices.

L’indice de production composite des États-Unis a augmenté de 46,8 points le mois dernier, par rapport à 37,0 points en mai. L’indice des directeurs des achats dans le secteur manufacturier a bondi de près de 10 points, soit de 39,8 à 49,6 points, alors que l’indice du secteur des services est passé de 46,7 points en juin à partir de 37,5 points le mois précédent. L’un des aspects propres à l’actuelle récession, c’est que le secteur des services est frappé plus durement par le ralentissement que le secteur manufacturier; aussi, selon les enquêtes réalisées par les directeurs des achats, tout porte à croire qu’aux États-Unis, le secteur manufacturier américain renouera avec la croissance avant celui des services. Je soupçonne aussi que les indices des directeurs des achats sous-estiment le revirement de la situation économique. De nombreux indicateurs américains, notamment les données sur les ventes au détail et l’emploi, laissaient entendre que la croissance économique a repris en mai. Je considère souvent que les indices des directeurs des achats témoignent de la confiance des entreprises et qu’ils constituent un indicateur fidèle du niveau d’activité.

Au chapitre des prix aux États-Unis, selon IHS Markit, « les entreprises ont affirmé que les coûts plus élevés des intrants des fournisseurs en raison des problèmes de chaîne d’approvisionnement liés à la COVID 19 ont été transférés en partie aux clients, tandis que d’autres ont mentionné que les conditions de la demande étaient telles que l’actualisation n’était plus nécessaire. » Il sera intéressant de voir si les données futures sur l’inflation aux États-Unis viendront le confirmer. Le dernier communiqué de l’IPC suggère que, de façon générale, les prix des produits essentiels et consommés à la maison étaient à la hausse, alors que les prix des autres produits baissaient. Néanmoins, si l’indice des directeurs des achats américain dit vrai au sujet des prix, cela signifierait que les risques de déflation s’amenuisent.

Les estimations éclair de l’indice des directeurs des achats pour la zone euro ont agréablement surpris les analystes, atteignant 47,5 points par rapport à 31,9 le mois précédent. Les analystes du marché s’attendaient plutôt à ce qu’elles s’établissent à 40,9 points, mais un nombre important de sociétés allemandes ont fait état d’une demande latente, alors que les ventes des entreprises en France ont augmenté avec l’assouplissement des mesures de confinement. Les données de juin pour l’Italie et l’Espagne seront diffusées sous peu, mais les statistiques liées au composite suggèrent qu’elles n’accusent pas de retard. L’indice de production composite du Royaume-Uni a aussi atteint son plus haut niveau en quatre mois, soit 47,6 points en juin par rapport à 30,0 en mai. 

Pour les États-Unis et l’Europe, il convient de préciser que, même si les prévisions antérieures étaient excessivement pessimistes, cela ne signifie pas pour autant que les perspectives sont excellentes. En effet, nous devons rester prudents en ce qui a trait à ce que le rebond précoce signifie dans le contexte de la reprise économique globale, particulièrement compte tenu de la hausse des taux d’infection mondiaux. L’autre grande question que nous devons garder à l’esprit est de savoir comment les économies réagiront lorsque les gouvernements réduiront les programmes de soutien du revenu dans les prochains mois. Il apparaît probable que nous observerons une reprise initiale de la croissance, suivie d’une modération marquée vers un faible rythme de rétablissement, tandis que les séquelles du chômage élevé se font sentir et que la consommation reste faible tant que le virus demeure en circulation. 

 

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

Personne-ressource

Craig Alexander

Craig Alexander

Associé et économiste en chef

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.