Etude

L'entreprise en difficulté en France 

La baisse du nombre des défaillances, une situation en trompe l'oeil ?   

Malgré l’atteinte d’un seuil de défaillances d’entreprises au plus bas depuis 10 ans, 2019 masque une réalité plus sévère basée notamment sur la hausse de près de 10% du nombre de défaillances pour les sociétés générant plus de 1,5m€ de chiffre d’affaires outre une aggravation (toutes tailles d’entreprises confondues) de 5% du nombre d’emplois menacés.

La tendance baissière du nombre de défaillances se poursuit …

En effet, avec 52 002 défaillances, l’exercice 2019 s’inscrit comme l’exercice avec le plus faible nombre de défaillances de ces 10 dernières années. Il faut remonter à 2007 pour trouver un exercice plus favorable. De plus, la tendance baissière se poursuit pour le 4ème exercice consécutif (-5% vs. 2018) et pourrait laisser entrevoir une situation économique plus favorable et un tissu économique plus solide.

…mais masquent des réalités plus sévères.

Néanmoins, cette bonne performance masque des réalités plus sévères :

  1. Une augmentation du nombre d’emplois menacés de 5% pour atteindre 173 820 emplois, un niveau bas jamais atteint depuis 2016, après 6 exercices baissiers consécutifs. Ce chiffre atteint même 15% pour les entreprises comptant plus de 20 salariés.
  2. Une augmentation du nombre de défaillances de 5% pour toutes les catégories de sociétés générant du chiffre d’affaires et en particulier, des hausses respectives de 16% et 18% pour les entreprises de 3 à 7,5m€ de chiffre d’affaires et celles de plus de 15m€.

La baisse des défaillances constatée est portée principalement par le segment des entreprises ne réalisant pas de chiffre d’affaires et/ou ne l’ayant pas déclaré (-12%). Un point d’attention doit cependant être retenu du fait de l’application de la loi 2019-486 du 22 mai 2019 permettant à toutes les entreprises de déclarer leurs comptes à titre confidentiel.

Les entreprises comptant plus de 50 salariés sont particulièrement touchées. Le nombre d’ouverture de procédures judiciaires concernant ces sociétés a augmenté de 14% par rapport à 2018 (soit+42 procédures). Compte tenu de la taille de ces sociétés, la hausse du nombre de défaillances a un impact significatif direct sur le nombre d’emplois menacés. En effet, une large part de la hausse des emplois menacés à l’échelle nationale provient de ce segment d’entreprises (+8 833 emplois menacés soit une hausse de 22%). En 2019, c’est ce segment d’entreprises qui a été durement touché.

Ces constats ne se vérifient pas au niveau national pour les procédures amiables (mandat ad hoc et conciliation). Le CNAJMJ présente des résultats plus rassurants. En effet, si le nombre de procédures ouvertes suit également une tendance baissière (-0,9%), celle-ci ne s’accompagne pas d’une hausse des emplois menacés. Les emplois menacés dans le cadre de ces procédures apparaissent même en baisse (-27 036 emplois menacés en moins, soit-27%).

En revanche, sur notre échantillon de 17 tribunaux parmi les plus significatifs, le nombre de procédures amiables ouvertes en 2019 est au plus haut niveau de ces 5 dernières années, avec 1 343 procédures ouvertes, en augmentation de 13% par rapport au précédent exercice. Toutefois, cet échantillon ne représente pas toute la France.


Lors de la précédente étude, nous nous interrogions sur la possibilité d’une fin de cycle notamment du fait des chiffres du premier trimestre 2019 qui mettaient en exergue une hausse du nombre de défaillances et une inversion des tendances. Aujourd’hui, nous pouvons constater que cette inversion de tendances ne s’est pas prolongée au-delà du premier trimestre en ce qui concerne le nombre de défaillances mais qu’elle s’est prolongée jusqu’au 3e trimestre pour le nombre d’emplois menacés, nouvelle illustration de la taille plus conséquente des entreprises concernées soulignant la pertinence du critère du nombre d’emplois menacés versus celui concernant le nombre d’entreprises défaillantes.

En terme de secteurs, les données analysées mettent particulièrement en lumière les difficultés rencontrées par les activités suivantes, lesquelles connaissent une forte hausse par rapport à 2018 : il s’agit notamment des activités de transport et logistique et d’information & communication, les activités financières et d’assurance.

Comme chaque année, il convient également de retenir le poids, en nombre, de certaines industries dans le total des défaillances, indépendamment de leur variation annuelle : les secteurs de la construction, du commerce (de gros et de détail), de l’hébergement, restauration et débits de boissons, de l’industrie hors agroalimentaire peuvent ainsi être cités.
 

Bien que les tendances baissières se maintiennent de prime abord récurrentes, il convient de souligner les signaux persistants relevés en 2019 en termes, tant d’emplois menacés que pour les segments les plus critiques du nombre d’entreprises défaillantes. En effet, cette vision apparente est de nature à donner lieu à une situation en trompe-l’œil de l’entreprise en difficulté en 2019.
 

 

L’ entreprise en difficulté en France en 2019

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La baisse du nombre des défaillances, une situation en trompe l'oeil ?