Brexit et immobilier

Expertise

Le Brexit : une opportunité pour le marché immobilier français

Les conséquences du Brexit sur la situation économique du Royaume-Uni et de l’Union Européenne restent difficiles à appréhender. Les conjectures et analyses contradictoires, qui se multiplient depuis le vote du 23 juin 2016, mettent surtout en évidence l’inquiétude et la fébrilité du marché. Pour autant, les effets sur l’immobilier européen et l’immobilier français en particulier ne seront pas forcément négatifs. Tout dépendra de la capacité de la France à réagir promptement et efficacement afin de lever certains obstacles et saisir l’opportunité de renforcer ses positions sur l’économie et la finance européenne.

Le Royaume-Uni fortement impacté

La situation au Royaume-Uni est des plus incertaines, en tout cas à court terme. La Livre Sterling a chuté significativement, le gouvernement a été renversé, et certains évoquent même une partition du Royaume-Uni. La réaction du marché, toujours plus prompte, est suivie également d’une réaction forte sur le plan immobilier avec une ambiance d’éclatement de bulle spéculative.

Déjà, en amont du référendum, certaines opérations de développement immobilier comprenaient des conditions suspensives Brexit et révélaient ainsi la crainte d’investisseurs prudents. Désormais, l’aversion au risque des investisseurs immobiliers est exacerbée, avec pour conséquence immédiate le gel d’investissements, des cessions anticipées et des retraits des fonds. Logiquement, les prix de l’immobilier résidentiel et tertiaire s’orientent fortement à la baisse (déjà près de -20% sur certains segments). En réaction, les annonces de gels de grands fonds immobiliers se multiplient (M&G, Aviva, Standard Life,…) pour éviter les conséquences désastreuses en cas de demandes de remboursement massives.

A plus long terme, le départ potentiel d’entreprises et des institutions financières implantées au Royaume-Uni ainsi que la baisse du pouvoir d’achat des citoyens britanniques pourrait également avoir un impact additionnel sur les loyers, notamment à Londres.

Les enjeux pour le marché immobilier français

L’effet de contagion sur l’économie mondiale, l’investissement en général et l’investissement immobilier en particulier a peu de chance d’être positif. Hors les investisseurs spéculatifs qui mettront en oeuvre une stratégie opportuniste, la grande partie des investisseurs, généralement averse au risque, pourrait être tentée d'investir ailleurs qu'en Europe. 

Cependant, l’immobilier reste depuis toujours une valeur refuge et conserve aujourd’hui une prime de risque inégalée au regard des obligations d’Etat, suscitant l’appétit des investisseurs. Et l’immobilier francilien est très bien positionné (premier parc de bureaux européen, premier hub aérien, seule grande métropole d’Europe continentale, en 3e position des investissements internationaux derrière Londres et New York en 2015…) pour rester la première place d’investissement européenne avec une attractivité sans égale. Il est fort probable que la France bénéficie d’une partie du report des intentions d’investissements au Royaume-Uni, ainsi que du réemploi des arbitrages sur les investissements massifs de ces dernières années notamment à Londres.

De plus, le Brexit est une opportunité pour l’Europe continentale de trouver une nouvelle place financière forte et de relocaliser les entreprises et les institutions financières susceptibles de ne plus bénéficier du passeport européen et de quitter le Royaume-Uni. Fort de ses nombreux atouts, l’Île-de-France est un candidat naturel comme évoqué ci-avant. Cependant, nos contraintes fiscales et sociales constituent un frein important en comparaison à Francfort, Dublin, Zurich, Amsterdam, ou Luxembourg.

Les enjeux économiques sont considérables en termes de développement économique, d’emplois, de construction et d’attractivité des investisseurs. C’est donc un défi majeur à relever pour notre pays de réagir vite et proposer des solutions concrètes (accompagnement et facilitation des transferts d’entreprises, aménagements fiscaux), dans un climat social tendu et à quelques mois de l’élection présidentielle de 2017.