Horizon favorable pour les producteurs africains de gaz

Point de vue

Horizon favorable pour les producteurs africains de gaz

Les projets en cours et futurs dans le secteur du gaz vont permettre à l'Afrique d'accompagner la demande mondiale qui affiche une croissance soutenue et de concourir à l'essor du marché mondial et continental de gaz.

Le continent africain occupe une place non négligeable dans le marché du gaz. Cette place est appelée à prendre encore plus d’importance, grâce aux projets en cours et à venir.

 

En effet, l’Afrique devrait devenir dans une vingtaine d'années le deuxième exportateur net de gaz dans le monde.

 

Si l’on regarde les indicateurs, l'Afrique, à l'horizon 2035, deviendra une zone très importante de développement de projets gaziers, et par conséquent un acteur majeur de la production et de la commercialisation du gaz au plan mondial.

Le marché mondial du gaz

Il existe, à ce jour, trois grands marchés du gaz dans le monde qui diffèrent par leur organisation réglementaire, la structure de l’offre et les mécanismes de formation des prix. Au premier plan, le marché américain, entièrement libéralisé, et où toutes les transactions gazières se font en référence à une plate-forme d'échange où le prix de marché est établi selon la loi de l’offre et de la demande en temps réel. Ce qui signifie qu’aux Etats-Unis, il existe une concurrence directe entre plusieurs sources de gaz et un prix du gaz comme il y a un prix du pétrole pour le monde entier.

Au second plan, le continent européen, où dominent encore les contrats à long terme de gaz entre grands producteurs et grands acheteurs, mais où existe parallèlement une plate-forme d’échange, située à Zeebrugge en Belgique. Sur cette plate-forme, les fournisseurs de gaz naturel, industriels et les grands consommateurs peuvent conclure des transactions à l’achat et à la vente au comptant ou à terme.

Enfin, le marché asiatique, principalement gouverné par les grands contrats de gaz naturel liquéfié (GNL) indexés sur les prix du pétrole.

Les différences entre ces marchés trouvent leur origine dans l’histoire et le fait que l’économie du gaz est essentiellement dictée par la logistique de cette énergie : les infrastructures de transport du gaz représentent des investissements très capitalistiques dont le financement doit être adossé à des engagements à long terme.
 

Les perspectives africaines

Les perspectives sont favorables pour le continent africain sur le marché mondial du gaz. Les projets en cours et futurs vont, non seulement accompagner la demande mondiale, mais aussi concourir à l'essor d'un marché mondial et continental de gaz. La monétisation du gaz torché, valorisé dans la génération électrique nationale, est également un enjeu majeur pour l'Afrique, qui devrait tirer le maximum de revenus de ses ressources gazières et satisfaire les besoins de sa population et des industries en général.

L’exemple du Gabon : du gaz torché aux perspectives du gaz naturel liquéfié

Alors que le niveau des réserves de gaz au Gabon ne justifie pas le développement de grands projets de GNL, deux piliers clairs ont stimulé le marché du financement de projets dans le secteur gazier.

Le premier pilier réside dans le recours aux partenariats public-privé et la volonté de stimuler l'industrialisation du gaz à travers de grands projets, en mettant à contribution les différents banquiers et bailleurs de fonds internationaux.

Quelques exemples à ce jour :

  • Projet de raffinerie à Port-Gentil (valeur de 1,4 milliard USD) dont la gestion a été confiée au groupe coréen Samsung, en partenariat avec le gouvernement gabonais
  • Projet Gabon Fertiliser Company (GFC) à Port-Gentil (zone franche de Mandji), mené par Olam 
  • Nouvelles centrales à gaz de Port-Gentil et Libreville construites par la firme israélienne Telemania pour le compte de l’Etat gabonais, et destinées à produire de l’électricité pour le marché local

Le second pilier a consisté à s’intéresser à de nouveaux champs en mer et à explorer l'offshore profond, à l’instar de la refonte du champ d'Anguille par Total Gabon. Un projet d’investissement de plus de 2 milliards USD, dont un des axes porte sur la réduction du torchage et la monétisation du gaz récupéré sur les puits de pétrole.

Le Gabon espère ainsi que le développement de l'exploration offshore, très profond dans la région pré-salifère, apporte, en plus de nouvelles réserves de pétrole, d’importants gisements de gaz naturel. Si c'est le cas, l’arrivée du gaz naturel dans le pays pourrait laisser entrevoir un changement structurel notable économiquement intéressant.

Depuis la nouvelle réglementation environnementale entrée en vigueur en 2010, les exploitants de pétrole et de gaz ont été obligés de recycler cette grande quantité de gaz torché, pour une utilisation dans des projets industriels. La monétisation de cette ressource étant difficile, des solutions inventives pourraient permettre un développement rapide dans le secteur gazier.

En conclusion, le Gabon ne représente certes qu'une petite fraction des possibilités de financement de projets dans le secteur du gaz en Afrique à ce stade, mais les nouveaux développements en cours pourraient inverser la tendance à moyen et long terme.
 

Un avenir prometteur pour l'Afrique

L’exemple du Gabon permet de conceptualiser très clairement le potentiel africain en matière de gaz naturel liquéfié. Actuellement derrière les marchés occidentaux leaders, les projets en cours sur l’ensemble de la chaîne de valeur (de l’exploration offshore à la raffinerie) dénotent une volonté des pouvoirs publics africains de se positionner dès à présent en futur grand du secteur gazier mondial.

Pour le moment, l'Algérie reste le pays qui produit le plus de gaz sur notre continent, devant le Nigéria, la Libye, l'Egypte, ou la Guinée-Equatoriale. Mais d'autres pays d’Afrique sub-saharienne émergent : on pense avant tout à l'Angola, et à un horizon plus lointain, la Tanzanie et le Mozambique. Les projets de gaz naturel liquéfié permettront aux pays africains, notamment ceux situés au sud du Sahara, de devenir de grands producteurs et in fine d'influencer l'offre de gaz ainsi que le cadre contractuel de l’approvisionnement des marchés.

Pour y parvenir, au-delà des politiques d'investissement dans les infrastructures de production et des stratégies de valorisation de la commercialisation, le rôle que l'Afrique est appelée à jouer plus tard sera largement dépendant des risques pays et des politiques sécuritaires mises en place par les gouvernements.