Interview avec Annabella Bassler - CFO Ringier AG

Deloitte : À votre avis, à quoi ressemblera la fonction financière à l’avenir ? Quel rôle jouent les facteurs humains tels que la culture d’entreprise ?

Annabella Bassler : Je pense qu’à l’avenir, les stratégies financières seront essentielles. Au fil du temps, j’ai pu constater que l’ensemble du secteur financier requiert davantage de réflexion stratégique et de compétences axées sur les résultats, plutôt que des compétences opérationnelles. Les compétences et les prises de décision interdisciplinaires sont de plus en plus pertinentes aujourd’hui mais le seront encore plus à l’avenir. De plus, la communication dans son ensemble devient plus transparente et ouverte, ce qui est une bonne chose, car cela crée une atmosphère de travail agréable et authentique. Dans un domaine complexe et sérieux comme la finance, l’authenticité est toujours d’une grande importance et le restera. En outre, il est certain que divers facteurs à l’échelle mondiale joueront également un rôle majeur dans la finance. La mondialisation entraîne une augmentation considérable des interactions entre les personnes et les pays. Le secteur de la finance se transforme de plus en plus en une activité stratégique. C’est pourquoi de nouvelles compétences et de nouveaux talents sont constamment requis dans le cadre des processus financiers.

Deloitte : La diversité et l’inclusion sont des éléments clés de la culture. Quelle est, selon vous, leur importance pour la fonction financière ?

Annabella Bassler : La diversité et l’inclusion sont des sujets omniprésents. Le mouvement actuel qui défend ces thèmes doit être pris au sérieux de toute urgence. Il est grand temps que les entreprises soient davantage sensibilisées à ces problématiques, quel que soit le secteur d’activité concerné. Bien entendu, chez Ringier, nous sommes parfaitement conscients du fait que le leadership ne peut réussir sans prendre en compte la promotion de la diversité et de l’inclusion. En définitive, il s’agit d’accepter et de traiter les gens de manière juste et équitable, quelle que soit leur origine. La diversité et l’inclusion devraient être prises en compte dans toutes les entreprises. Chez Ringier, nous pouvons dire avec fierté que notre équipe financière est composée de 50 % de femmes et de 50 % d’hommes. En effet, la finance n’est pas qu’une « affaire de mecs » !

Deloitte : Selon vous, quelles sont aujourd’hui les qualités de leadership les plus importantes pour un CFO et pourquoi ?

Annabella Bassler : Les qualités de leadership les plus importantes qu’un CFO doit posséder sont la transparence et l’authenticité. L’authenticité est primordiale car tout leader doit avoir un certain degré de crédibilité et cela n’est possible que si l’on reste authentique dans toutes les situations. La diversité et l’inclusion sont des problématiques de leadership dont toutes les entreprises devraient avoir conscience. Il ne s’agit pas de déléguer. Il est important de les envisager du point de vue d’une entreprise. Lorsque la diversité et l’inclusion sont réellement intégrées au sein d’une organisation, leur potentiel peut augmenter considérablement. Le vivier d’employés potentiels s’élargit, ce qui permet d’attirer davantage de talents et de renforcer l’implication des employés. Cela peut contribuer à accroître les opportunités commerciales et la reconnaissance de la marque. Il est également prouvé qu’une plus grande diversité de genre dans une entreprise peut favoriser de manière considérable l’innovation.

La finance est un secteur très exigeant. Il faut beaucoup d’ouverture et de communication pour créer un véritable esprit d’équipe, car il s’agit de gérer de l’argent. Pour réussir en tant que CFO, il est nécessaire d'établir une base de confiance. J’attache également beaucoup d’importance au fait de pouvoir compter sur mes collègues de la finance, car la prise de responsabilité est essentielle dans ce domaine. J’essaie toujours de nourrir cette relation de confiance avec mes collègues. De cette façon, je peux leur transmettre la confiance et un état d’esprit positif. La réciproque est vraie. Enfin, pour devenir directeur financier d’une entreprise, il est indispensable d’être professionnel et d’avoir des compétences opérationnelles.

Deloitte : La technologie numérique prend de plus en plus d’importance pour les entreprises des médias et ouvre de nouvelles possibilités. Qu’est-ce qui vous paraît particulièrement stimulant ? Pouvez-vous nous donner un aperçu du monde des médias du futur ?

Annabella Bassler : Il est clair que la technologie numérique nous simplifie la vie dans une large mesure et de différentes manières. La technologie numérique améliore l’efficacité et la rapidité des processus, ce qui permet de gagner du temps et de renforcer la flexibilité des entreprises. Elle permet également d’établir un lien plus étroit entre les personnes du monde entier et de créer des interactions et des échanges intéressants et instructifs. En tant qu’entreprise des médias, nous profitons énormément des nouveaux développements technologiques, car la communication est notre cœur de métier. Et pas seulement lorsqu’il s’agit de transactions ; les messages peuvent être partagés beaucoup plus rapidement qu’il y a 15 ans. Je pense que dans les prochaines années la technologie fera encore un énorme pas en avant. Chez Ringier, nous accordons une grande importance au fait d’être toujours à la pointe des dernières innovations technologiques.

Annabella Bassler

CFO du groupe Ringier

Annabella Bassler (née en 1977) est CFO du groupe Ringier depuis juin 2012. Elle a commencé sa carrière chez Ringier en 2007, où elle a occupé plusieurs fonctions financières. En outre, elle est également responsable des activités de Ringier en Roumanie depuis mi-2014. Elle est membre des conseils d’administration d’entreprises, notamment Ticketcorner SA, Ringier Axel Springer Media SA et Ringier Axel Springer Suisse SA. En novembre 2019, elle a initié et lancé l’initiative EqualVoice du groupe Ringier, qui vise à accroître la visibilité des femmes dans les médias et à leur donner la même place que les hommes. Le facteur EqualVoice constitue le cœur de l’initiative. Annabella Bassler a étudié l’économie à l’European Business School d’Oestrich-Winkel, Buenos Aires et Los Angeles, avant d’obtenir un doctorat. Après avoir acquis une expérience pratique dans le domaine du conseil, Annabella Bassler a occupé entre 2004 et 2007 diverses fonctions financières chez Hamburg Süd, ancienne société de transport maritime du groupe Oetker basée à Hambourg.