Posted: 15 Apr. 2020 5 Temps de lecture

Asseyez-vous avant de lire les dernières estimations du PIB, la Banque du Canada intensifie ses achats d’obligations

Incroyable… Si vous ne vous êtes pas assis, je vous invite à le faire.

Aujourd’hui, Statistique Canada a publié une première estimation de la croissance du PIB pour le mois de mars 2020. C’est la première fois que l’organisme national de statistique fournit une mesure anticipée du PIB réel et cela reflète ses efforts louables de fournir des données le plus rapidement possible.

Selon les chiffres provisoires, l’économie a subi une contraction de 9 % au mois de mars seulement. C’est le repli le plus important en un mois depuis qu’on a commencé à publier des données mensuelles, en 1961. Compte tenu de cette estimation, nous avons maintenant une vision anticipée pour le premier trimestre de 2020. Selon ces chiffres, le PIB réel a connu une baisse annualisée d’environ 10 %. C’est un recul énorme.

Cependant, les données tiennent uniquement compte du repli de la première moitié du mois et nous savons que le confinement est arrivé plus tard dans le mois. En factorisant cela, nous croyons que le Canada est en voie d’enregistrer une chute annualisée du PIB dépassant 50 % au deuxième trimestre. Oui, vous lisez bien; il n’y a ni erreur typographique ni signe décimal manquant.

L’annonce d’aujourd’hui a également fourni un aperçu de l’incidence de la pandémie sur chaque secteur en mars. Comme il fallait s’y attendre, certains secteurs liés au voyage et au tourisme ont été les plus touchés, notamment la restauration et l’hébergement. Les secteurs du commerce de détail et du divertissement ont également connu un important recul.

Inversement, les secteurs de la santé, de la distribution d’aliments et du commerce de détail en ligne ont tous enregistré une croissance.

Les volumes de production du secteur du pétrole et du gaz ont été peu touchés. Cependant, la situation est susceptible d’évoluer en avril, car la capacité de stockage deviendra un problème et les entreprises commenceront à réduire leur production en réponse à la chute de la demande mondiale de pétrole.

Aussi préoccupants ces chiffres sont-ils, je tiens à souligner qu’ils ne sont pas si surprenants. Nous savions tous que l’état d’urgence entraînerait une réduction massive de l’activité économique. Ceci explique en partie pourquoi les marchés des capitaux sont restés relativement calmes. En témoigne la Bourse de Toronto qui a seulement enregistré une diminution de 1,5 % à la suite de la publication de ces chiffres. En effet, les marchés se concentrent de plus en plus sur le moment auquel la reprise aura lieu. Or, les gouvernements se demandent encore quand relancer l’économie et, le cas échéant, de quelle manière. 

Les mesures massives de stimulation monétaire et budgétaire qui ont été déployées seront essentielles à la reprise économique. La décision prise aujourd’hui par la Banque du Canada appuiera ces mesures. Même si, comme prévu, la Banque du Canada a maintenu à 0,25 % le taux du financement à un jour, elle a également annoncé la création d’un programme d’achat d’obligations provinciales plafonné à 50 milliards de dollars et d’un programme d’achat d’obligations de sociétés plafonné à 10 milliards de dollars en obligations de sociétés de qualité investissement.

La Banque du Canada a également publié aujourd'hui son Rapport sur la politique monétaire d'avril 2020. En raison du degré d'incertitude élevé, le Rapport s'écarte du format habituel et est dénué des prévisions du scénario de base qui constituent généralement le cœur de la publication. La Banque du Canada a également reporté à octobre la mise à jour de ses projections en matière de production potentielle et de taux directeur neutre. À la place, elle a opté pour des « scénarios indicatifs », qui illustrent les possibilités susceptibles de se concrétiser, en fonction de « la trajectoire du virus ainsi que la durée et la portée des efforts déployés pour l’endiguer ». La Banque du Canada anticipe une contraction de l'économie comprise entre -3,9 % et -11,5 % au premier trimestre. Selon le Rapport sur la politique économique, son intervalle d’estimation pour la croissance du deuxième trimestre se situe entre 41 % et 75 %, ce qui témoigne de l'incertitude qui règne.

Ont également été annoncées aujourd'hui les améliorations suivantes apportées aux prestations fédérales dans le cadre de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) : Permettre aux personnes de percevoir un revenu allant jusqu'à 1 000 $ par mois tout en bénéficiant de la PCU; étendre la PCU aux travailleurs saisonniers qui n’ont plus droit à des prestations régulières d'assurance-emploi et qui sont dans l’incapacité d'entreprendre leur travail saisonnier habituel en raison de l'épidémie de COVID-19; étendre également la PCU aux travailleurs qui ont récemment épuisé leur droit à des prestations régulières d'assurance-emploi et qui sont dans l'incapacité de trouver un emploi ou de retourner au travail en raison de la COVID-19.

Conscient du fait que le montant des salaires des travailleurs essentiels est souvent inférieur ou similaire à celui qu’ils percevraient s’ils bénéficiaient de la PCU, le gouvernement va, par le biais d’un nouveau transfert, s’allier avec les provinces et les territoires pour partager les coûts d’un complément de salaire temporaire qui sera versé aux travailleurs jugés essentiels dans la lutte contre COVID-19 et qui gagnent moins de 2 500 $ par mois.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.