Posted: 09 Apr. 2020 5 Temps de lecture

Avec l’effondrement de l’emploi découlant de la COVID-19, la Réserve fédérale devient le banquier de toute l’Amérique

L’enquête sur la population active du mois de mars a tristement fracassé un record, faisant état des premières répercussions économiques de la pandémie de COVID‑19 et du choc pétrolier qui secoue gravement l’économie. Au Canada, plus d’un million de pertes d’emplois ont été enregistrées en mars; le record précédent, qui remonte à janvier 2009, s’établissait à 125 000. Le taux de chômage a grimpé de 2,2 points de pourcentage (passant de 5,6 % à 7,8 %), ce qui représente la plus forte hausse mensuelle depuis le début de ces enquêtes en 1976. 

Le sondage a été réalisé entre le 15 et le 21 mars. Aussi, il ne témoigne que des premiers effets sur l’emploi. Selon Statistique Canada, la combinaison de pertes d’emploi, d’absences du travail et de réduction des heures suggère que 3,1 millions de Canadiens ont été touchés par la COVID-19. 

Une grande partie des pertes d’emploi sont des mises à pied temporaires (550 000) attribuables aux fermetures découlant des efforts pour limiter la propagation de la COVID-19. Les pertes d’emplois se chiffrent à 830 000 dans le secteur privé, à 145 000 dans le secteur public, et à 36 000 chez les travailleurs autonomes. 

À l’échelle provinciale, le fléchissement s’est manifesté d’un océan à l’autre. Comme on pouvait s’y attendre, c’est dans les provinces les plus populeuses que le nombre est le plus élevé : 403 000 en Ontario, 264 000 au Québec, 132 000 en Colombie-Britannique et 117 000 en Alberta.

Statistique Canada a effectué un excellent travail de synthèse des détails dans Le Quotidien, publié sur son site web, en présentant différents points de vue du marché du travail. Par exemple, 219 000 personnes ne faisaient pas partie de la population active, mais avaient travaillé plus tôt au cours du mois et souhaitaient travailler. Habituellement, les travailleurs découragés (c.-à-d. qui ne travaillaient pas et ne cherchaient pas de travail) ne font pas partie de la situation globale de l’emploi, mais ils constituent un aspect important durant la pandémie. Après tout, si les employeurs sont fermés, à quoi bon leur soumettre une demande d’emploi? 

Le recul des emplois sectoriels met en lumière les secteurs les plus durement touchés : hébergement et restauration (-24 % en seulement un mois); information, culture et loisirs (-13 %), éducation (-9 %) et commerce de gros et de détail (‑7 %).

Outre l’effet sur l’emploi, les conséquences économiques se manifestent par une forte baisse (15 %) du nombre moyen d’heures travaillées, indiquant une profonde contraction économique au cours du mois. Nous prévoyons actuellement un recul annualisé de 5 % au Canada au cours du premier trimestre de 2020, suivi d’un recul annualisé de 23 % au deuxième trimestre.

Cette dégradation du marché du travail explique l’assouplissement marqué des politiques monétaires et fiscales. En effet, selon notre estimation actuelle, la valeur réunie des mesures de stimulation fédérales et provinciales s’élèverait à environ 13 % du PIB. 

Ce matin, la Réserve fédérale a annoncé un programme de 2,3 billions de dollars visant à soutenir l’économie. Celle-ci a affirmé qu’elle est prête « à faire tout en son pouvoir pour apporter le soutien et la stabilité nécessaires durant cette période de perturbation de l’activité économique » et à veiller à ce que la reprise, au moment où elle se produira, soit « aussi vigoureuse que possible ».

Le programme est divisé en plusieurs parties, notamment des prêts commerciaux (600 milliards de dollars) et des achats d’obligations (500 milliards de dollars), qui constituent la plus large part des fonds débloqués. Le reste du financement servira à élargir les programmes de soutien des entreprises qui avaient déjà été annoncés.

Le programme de prêts est destiné à soutenir les petites et moyennes entreprises en accordant des prêts sur quatre ans à hauteur de 600 milliards de dollars aux entreprises admissibles par l’intermédiaire du Main Street Lending Program (MSLP). Pour y avoir droit, les entreprises devaient être en bonne santé financière avant la crise, et compter moins de 10 000 employés ou afficher des revenus de moins de 2,5 milliards de dollars.

L’achat d’obligations sera effectué au moyen d’une facilité de trésorerie municipale nouvellement constituée. Cette facilité permettra à la Réserve fédérale d’acheter des billets à court terme jusqu’à concurrence de 500 milliards de dollars directement auprès des États américains (et du District de Columbia), des comtés possédant au moins 2 millions de résidents, et des villes dont la population s’élève à 1 million de personnes ou plus.

Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, est resté vague en ce qui concerne l’ampleur de la contraction et le moment de la relance, mais semblait convaincu que la reprise économique, lorsqu’elle arrivera, serait solide compte tenu des mesures de soutien qui ont été prises sur les plans monétaire et fiscal.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.