Posted: 11 Jun. 2020 5 Temps de lecture

Un signal d’alarme pour les marchés des capitaux

L’une des questions qu’on me pose le plus souvent, c’est comment explique-t-on l’écart entre la remontée des marchés boursiers et le ralentissement économique? Ma réponse est la suivante : étant donné leur nature prospective, les marchés ont commencé à fléchir avant l’arrêt complet de l’activité économique. Puis, lorsque les décideurs politiques ont annoncé des mesures de stimulation auparavant impensables, et que le confinement et le déconfinement en Chine se sont révélés fructueux, les marchés ont anticipé la reprise mondiale avant même que l’activité économique ne commence à reprendre dans bon nombre de régions. Ces dernières semaines, cependant, j’ai souligné que l’ampleur de la remontée suggérerait que les investisseurs misent sur le scénario le plus optimiste, soit celui d’une reprise économique progressive, mais stable, en supposant que les vulnérabilités sur le plan de la santé resteraient sous contrôle. Toutefois, rien ne permettait d’établir clairement si les marchés étaient suffisamment sensibilisés au niveau de risque associé à ces perspectives.

Eh bien, les marchés ont procédé aujourd’hui à une importante réévaluation des risques. Divers catalyseurs entrent en ligne de compte. D’abord et probablement avant tout, la correction du marché boursier observée aujourd’hui est liée à la hausse du nombre de cas d’infection dans plusieurs États américains, ce qui a attisé les craintes de report du déconfinement dans certaines régions (comme l’État de New York). Cette optique se confirme lorsqu’on sait quels sont les plus grands perdants : les banques, les compagnies aériennes et les producteurs d’énergie. Leur rendement financier sera directement touché si le déconfinement est reporté, entraînant le prolongement de la reprise.

Par ailleurs, hier, certaines publications ont sans doute amplifié les préoccupations des investisseurs concernant les risques pour la santé et la forme que prendra la reprise. L’énoncé et les projections de la Réserve fédérale suggèrent qu’elle continuera d’augmenter son programme d’achat d’actifs et qu’elle ne compte pas hausser les taux d’intérêt avant la fin de 2022. Si les marchés ont peu réagi hier, c’est parce qu’ils s’y attendaient. Par contre, les risques croissants pour la santé ont peut-être suscité une réflexion : pourquoi la Réserve fédérale entend-elle maintenir ces mesures pendant si longtemps? La réponse : elle doit considérer que les risques sont encore très élevés.

Cette reconnaissance accrue des risques pourrait découler des prévisions économiques mondiales publiées par l’OCDE, qui sont beaucoup plus pessimistes que celles du FMI et qui, surtout, indiquent que le risque d’une deuxième vague d’infection se situe à 50 %.

Comme je l’ai fait valoir par le passé, il s’agit du plus grand risque en ce qui a trait aux perspectives économiques. Je ne suis pas épidémiologiste. Je ne sais pas quelle est la probabilité d’une deuxième vague et d’un éventuel reconfinement. Mais je sais que c’est une réelle possibilité. C’est pourquoi mon équipe a établi des prévisions de base, puis un scénario plus grave marqué par la recrudescence des infections. Dans cette situation économique, la croissance s’accentue à la fin de l’été et au début de l’automne compte tenu des actuelles mesures de déconfinement, puis l’économie se contracte de nouveau en hiver et au printemps suivant. La reprise durable ne se manifeste qu’une fois l’année 2021 bien entamée.

Le recul des actions, le repli des prix du pétrole et le rebond des obligations observés aujourd’hui concordent avec la réévaluation des risques. Cette tendance se maintiendra-t-elle et les marchés poursuivront-ils leur recul? C’est possible, mais si la recrudescence des infections ne se matérialise pas, les marchés regagneront le terrain perdu. À mon avis, nous devrions nous préparer à une importante volatilité des marchés des capitaux. Normalement, les marchés font deux pas en avant, puis un pas en arrière. Mais cette année, nous avons connu une spectaculaire régression, suivie d’une importante progression. La période de vives craintes a fait place à un grand soupir de soulagement. Cela dit, un recul des actions et des matières premières s’imposait. Je m’attends à encore plus de tiraillements entre les baissiers et les haussiers dans les semaines à venir, et au climat d’instabilité qui en résulte. 

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Associé et économiste en chef

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.