Posted: 30 Mar. 2020 5 Temps de lecture

Une subvention salariale pour tous, la chute des prix du pétrole brut se poursuit

  • Aujourd’hui, le gouvernement fédéral a précisé que la subvention salariale de 75 % annoncée la semaine dernière visait toutes les entreprises, peu importe leur taille, ainsi que les organisations à but lucratif et sans but lucratif et les organismes caritatifs. C’était la bonne chose à faire. Compte tenu de la grave récession qui s’installe et la fermeture de nombreuses entreprises non essentielles, une hausse vertigineuse du taux de chômage est attendue. Il est fort préférable de maintenir les employés à l’emploi que de procéder à des mises à pied et d’élargir les prestations aux chômeurs. Les salaires constituent la dépense la plus importante des entreprises. Par conséquent, la subvention salariale de 75 % pour les employeurs de toute taille faisant face à une baisse de revenus de 30 % ou plus permettra aux entreprises d’absorber le choc dans leur bilan. Il convient de souligner certains points.
  • Premièrement, ce programme sera coûteux sur le plan fiscal, mais devant des risques de dépression, il n’est pas temps de se préoccuper du déficit ni du niveau d’endettement, qui pourront être réglés lorsque la crise sera passée. D’ailleurs, le Canada se trouve en meilleure position sur le plan fiscal que d’autres pays. Compte tenu des récentes annonces, il devient difficile de faire le suivi de la taille et du coût des mesures de relance, mais nous nous attarderons sur ce sujet dans une édition future du point de vue économique.
  • Deuxièmement, la subvention salariale plafonne à 847 $ par semaine, ce qui couvre 75 % du salaire d’un employé dont le salaire annuel est d’environ 58 700 $. Ainsi, la plupart des travailleurs peuvent la recevoir, mais la subvention sera inférieure pour les travailleurs dont le salaire est élevé. La progressivité étant une composante de notre régime fiscal, ce n’est pas surprenant.
  • Troisièmement, l’administration de ce programme sera ardue. Le premier ministre l’a clairement reconnu dans son allocution aujourd’hui, puisqu’il a mentionné que le programme sera surveillé, mais qu’il compte sur la bonne foi des employeurs lorsque ceux-ci demanderont la subvention et pour que les fonds soient remis aux travailleurs. Il y aura certainement des entreprises qui en profiteront de façon inappropriée, mais il était important de ne pas laisser ce risque nuire au lancement du programme. La réputation et l’image de marque des entreprises qui agiraient de façon inappropriée sont vulnérables, elles en sont donc averties.
  • Quatrièmement, la subvention salariale prend effet rétroactivement au 15 mars et le gouvernement espère que les employeurs qui ont mis à pied des travailleurs dans les dernières semaines réengageront les employés congédiés. L’avenir nous dira si ce sera effectivement le cas. Je crois que les sociétés qui ont fermé leurs portes et qui n’ont plus de revenu ne le feront pas, mais certaines grandes sociétés pourraient le faire.
  • Dans l’ensemble, cette importante politique générale devrait permettre de conserver des emplois et aider les travailleurs et les entreprises. Du point de vue des statistiques, une grande partie des pertes d’emplois qui ont eu lieu au mois de mars sont survenues après la semaine de référence de l’Enquête sur la population active, ce qui signifie que le rapport sur l’emploi du mois d’avril ne tiendra pas compte d’un bon nombre de mises à pied.  En revanche, le rapport sur l’emploi du mois de mai indiquera un taux de chômage plus élevé, mais la subvention salariale devrait atténuer sa hausse. 
  • Les prix du pétrole ont encore chuté aujourd’hui. Le WTI se situe maintenant autour de 20 $ US le baril, soit son niveau le plus bas depuis 17 ans en valeur nominale. Qui plus est, le Western Canada Select a continué de fléchir pour atteindre un bas intra-journalier de 3,82 $ le baril. Cela nous rappelle que le Canada doit non seulement faire face à une crise économique en raison de la pandémie, mais également à un énorme choc pétrolier qui augmente les difficultés auxquelles se heurtent les provinces riches en pétrole. Les faibles prix du pétrole reflètent la baisse de la demande mondiale, la décision regrettable de l’OPEP de ne pas réduire l’offre et les niveaux des stocks qui atteignent maintenant les limites de la capacité disponible. Bien que nous nous attendions à ce que l’économie canadienne amorce une reprise au troisième trimestre, l’excès de stocks de pétrole brut se poursuivra pendant un bon moment. Même si de nombreuses mesures budgétaires ont été annoncées ces dernières semaines, une forme ou une autre de programme de sauvetage est nécessaire pour le secteur pétrolier. 
  • La SCHL a annoncé des plans afin d’élargir son Programme d’achat de prêts hypothécaires assurés en ajoutant des achats d’un montant additionnel de 100 G$ à la somme de 50 G$ déjà annoncée le 16 mars. Une mesure similaire avait été mise en œuvre durant la crise financière de 2008-2009, avec des achats de 69 G$, soit environ la moitié de la capacité disponible. Cette mesure vise à fournir une capacité additionnelle aux banques afin de leur permettre de continuer de consentir du crédit aux consommateurs canadiens et aux entreprises. Par ailleurs, le BSIF a indiqué que les reports de prêts hypothécaires continueront d’être traités comme des prêts productifs aux fins des exigences de fonds propres des banques.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.