Points de vue

Pleins feux sur l’innovation : conversation avec Terry Stuart, Innovation

Le poste le plus exigeant et stimulant!

Terry Stuart, chef de l’innovation chez Deloitte, est à la fois optimiste et pessimiste face à l’avenir. « Je n’ai jamais été aussi enthousiaste au cours de ma carrière, mais en même temps, jamais aussi préoccupé de toute ma vie. »

Que veut-il dire par là? Selon lui, aucun secteur, aucune entreprise n’est à l’abri des fluctuations actuelles. De nouvelles technologies, solutions et capacités sont créées rapidement et elles modifient non seulement les modèles d’affaires, mais aussi les contextes réglementaires et concurrentiels. Certaines d’entre elles menacent même des secteurs et des entreprises, dans leur intégralité ou en partie, y compris des cabinets de services professionnels comme Deloitte.

« Nous avons inventé la phrase "vivre à l’ère des perturbations", ajoute M. Stuart, et nous sommes assurément en train de vivre cette ère! »

Vous dites jouer un rôle de « perturbateur constructif ». Qu’est-ce que cela signifie?

Les perturbateurs bouleversent les choses. Ils essaient de les faire différemment, mais n’offrent pas de solutions durables. En tant que perturbateur constructif, je veux bouleverser certaines choses, remettre en question la norme et essayer de nouvelles façons de faire les choses tout en aidant le Cabinet et nos clients à produire de la valeur à long terme.

Quels sont les principaux défis de l’ère des perturbations?

Nous n’avons pas de boule de cristal pour prédire l’avenir. Nous devons donc agir en nous fondant sur nos meilleures perspectives et analyses. Le résultat ne sera pas toujours à la hauteur, mais nous devons accepter nos échecs et être prêts à nous adapter et à changer d’approche lorsque cela est nécessaire, de manière rapide et souple.

Pourquoi Deloitte investit-il dans l’innovation?

Au cours des dernières années, nous avons effectué certaines analyses et nous avons déterminé que plus de 65 % de nos revenus au Canada pourraient être perturbés par de nouveaux venus et de nouvelles techniques numériques. Nos clients doivent faire face aux mêmes risques. Le secteur des services financiers, à lui seul, compte plus de 8 000 sociétés de technologies financières perturbatrices qui menacent l’industrie. Certaines technologies comme la chaîne de blocs, les systèmes distribués, les paiements entre particuliers et les applications financières mobiles permettent à des entreprises en démarrage de croître rapidement sur le marché. Ces mêmes technologies ont également une incidence sur le secteur manufacturier, le secteur des télécommunications et même sur les industries fondées sur les ressources. Certains secteurs ressentiront plus rapidement les effets des perturbations numériques, mais aucun secteur ne sera épargné.

Où en sommes-nous ?

Nous sommes en très bonne position. Grâce à notre équipe mondiale de l’innovation, nous avons une longueur d’avance en matière de perturbations et de recherche exponentielle. Cependant, le rythme des nouveautés est devenu si rapide que nous avons décidé de nous intégrer dans divers écosystèmes de technologies et nous travaillons maintenant en étroite collaboration avec des institutions de recherche de pointe pour rester à l’avant-garde des innovations.

Par exemple, Deloitte fait partie du carrefour Communitech à Kitchener/Waterloo et est le seul cabinet de services professionnels possédant une équipe spécialisée dans cet espace d’innovation axé sur la collaboration. Certaines de nos équipes travaillent dans le District de la découverte MaRS de Toronto et dans le DMZ, une pépinière d’entreprises à l’Université Ryerson. Nous avons lancé d { } (prononcé dee space) l’année dernière; il s’agit d’un centre de prototypage pour accélérer le développement de produits et services utilisant les technologies de pointe que nous pouvons offrir à nos clients.

Nous avons également des centres Greenhouse à Montréal, à Ottawa, à Toronto et bientôt à Calgary. Ces centres combinent les capacités numériques, analytiques et novatrices de Deloitte dans un seul espace; ainsi, ils peuvent offrir à nos clients la meilleure expérience possible et leur permettre de réaliser des percées en plus de trouver des solutions à leurs enjeux d’affaires complexes.

À l’échelle mondiale, Deloitte a formé il y a quatre ans une alliance stratégique avec Singularity University, un centre de réflexion établi à Palo Alto, en Californie, qui se concentre sur l’éducation dans les domaines des technologies exponentielles et des modèles d’affaires. Ce centre aide des hauts dirigeants à comprendre les technologies de pointe et les incite à mettre en œuvre ces technologies pour améliorer la vie de l’humanité tout en améliorant leurs affaires. Nous considérons que Singularity effectue les meilleures recherches liées aux technologies exponentielles et en possède une compréhension concrète, ce qui est pratique pour notre Cabinet et pour nos clients.

Malheureusement, nous ne pouvons pas nous endormir sur nos lauriers dans ce domaine. Nous devons continuer d’aller de l’avant pour maintenir une longueur d’avance sur nos concurrents.

Quels aspects de l’innovation vous stimulent le plus?

Je suis très enthousiaste à propos des technologies exponentielles et des modèles d’affaires, étant donné leur courbe de rendement accélérée. Ces technologies, notamment la science cognitive et l’Internet des objets, commencent à gagner en popularité. Il y a 2 ans, par exemple, les gens croyaient qu’il était impossible de créer une voiture autonome, du moins pas avant 20 ans. Cette voiture existe aujourd’hui, et elle a une incidence sur divers secteurs, allant du secteur manufacturier au secteur de l’assurance en passant par le secteur immobilier. Ce type de technologies peut croître rapidement et, si nous sommes futés et surveillons de près les progrès dans ce domaine, notre Cabinet et nos gens pourront tirer parti d’occasions stimulantes.

Personnellement, je suis très intéressé par les neurosciences. Je crois que la prochaine étape consistera à découvrir comment les gens prennent des décisions et comment ils peuvent être motivés. Nous développons actuellement des technologies qui nous permettent de faire cela de manière rentable.

Deloitte Allemagne, par exemple, a créé un institut des neurosciences en collaboration avec une université. Ils effectuent des tests pour déterminer comme nous pouvons appliquer les neurosciences à nos techniques de vente. Un autre exemple est Axonify, une entreprise de logiciels de Kitchener qui tire parti des recherches de pointe en neurosciences pour rehausser l’apprentissage au sein des entreprises, stimuler l’engagement et faire progresser la culture organisationnelle.

Une de vos citations préférées est « Émancipez-vous de l’esclavage mental; vous seul pouvez libérer votre esprit ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Cet extrait est tiré de la chanson Redemption Song de Bob Marley et je l’aime pour diverses raisons, mais surtout pour sa signification. Les êtres humains s’imposent des limites, et nous sommes les seuls à pouvoir contrôler nos réflexions, à décider comment nous voulons vivre notre vie et à choisir notre destin. C’est assez libérateur.

Quel conseil nous donneriez-vous pour nous préparer à l’avenir?

Soyez curieux et faites l’expérience des nouvelles technologies. Si la voiture autonome vous intéresse, essayez-en une. Si vous êtes plutôt intéressé par la technologie de la chaîne de blocs, téléchargez une application qui vous permet d’échanger des Bitcoins sans dépenser d’argent réel ou courir le risque de vous faire usurper votre identité. Vous voulez voir comment fonctionne l’économie de partage? Faites l’essai d’Airbnb ou d’Uber.  

Apprendre à connaître Terry

Principale motivation : selon les recherches effectuées par Deloitte, si nous ne modifions pas les objectifs du Canada en matière de productivité et d’innovation, la qualité de vie de nos enfants sera plus mauvaise que la nôtre. C’est une première dans l’histoire du Canada, et cette constatation est étayée par des preuves statistiques et économiques. Ce n’est pas l’héritage que notre génération doit laisser.

Source d’inspiration : c’est probablement un cliché, mais ma famille est toujours une source d’inspiration pour moi. Je suis très fier du Canada, et l’une des principales raisons pour lesquelles je travaille est que je veux améliorer ce pays pour mes enfants.

Irritants : un mauvais service à la clientèle et des produits mal conçus.

Le gadget dont vous ne pouvez vous séparer : le Livescribe Smartpen. J’aime prendre des notes par écrit, et ce gadget me permet de les transférer dans un document électronique dans lequel je peux effectuer des recherches et que je peux conserver dans Evernote.
 

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