Perspectives

Le conte de deux secteurs d’activité

par Andrew Swart

Six semaines se sont écoulées depuis le début de 2018, et j’ai eu l’occasion d’assister à deux événements sectoriels qui ont porté sur deux secteurs d’activité très différents. Le premier a été le Consumer Electronics Show (CES), le plus important salon de l’électronique du monde, qui a lieu à Las Vegas; le second a été Mining Indaba 2018, l’un des congrès du secteur minier les plus importants, qui se tient au Cap en Afrique du Sud.

J’ai été présent à ces deux événements en raison de mon intérêt pour l’innovation et les nouvelles tendances. Ma participation au Consumer Electronics Show était incongrue, et chaque fois que j’ai décliné mes titres et compétences, j’ai suscité l’incrédulité et cette question muette : « Qu’est-ce qui peut bien attirer un représentant du secteur minier dans un salon sur l’électronique? » La situation du secteur minier s’était-elle à ce point dégradée que je songeais à une réorientation professionnelle?

J’accompagnais peut-être ma conjointe? À vrai dire, je suis allé au CES parce que le secteur de la consommation a plusieurs années d’avance sur le secteur minier en matière d’innovation. Pour comprendre d’où viennent les perturbations, il est donc préférable d’observer ce qui se passe en dehors du secteur minier.

Notre secteur a réalisé de remarquables progrès depuis quelques années et les dirigeants des sociétés minières reconnaissent la nécessité d’innover, mais les entreprises qui ont véritablement intégré l’innovation dans leurs pratiques sont minoritaires. Bien sûr, Mining Indaba a consacré tout un volet aux perspectives du secteur minier en 2050; j’ai accepté avec joie de prendre part à un panel sur l’avenir de la transformation, mais j’ai observé en général un secteur qui s’efforce d’évoluer plutôt que de provoquer des perturbations. Alors que de nombreux fournisseurs de technologie lancent sans cesse de nouvelles idées et technologies, nombre d’acteurs du secteur minier sont lents à emboîter le pas.

Rétrospectivement, quatre tendances ont retenu mon attention et j’ai pensé que le secteur minier pourrait s’en inspirer :

  1. L’avenir des communautés intelligentes : qu’il s’agisse d’usines de fabrication de voitures ou de plateformes de données de l’Internet des objets, les fabricants nous ont présenté un aperçu de ce que sera la vie dans la ville du futur. L’innovation aura une incidence sur l’aménagement urbain, la manière dont les véhicules autonomes créeront un nouveau langage urbain avec les citoyens ou la façon dont des capteurs et une infrastructure de suivi permettront de bâtir des milieux urbains plus sains et plus sécuritaires. Minute, papillon! En quoi cela concerne-t-il le secteur minier? Eh bien, le contrat social traditionnel entre les exploitants miniers et les collectivités devra se transformer au cours des dix prochaines années. Historiquement, le secteur minier a promis des emplois, mais à l’ère de l’automatisation et de la robotique, en quoi le nouveau contrat social consistera-t-il? Selon moi, il consistera en partie à mettre à profit l’infrastructure sans fil et autonome dont il faudra de toute manière tirer parti, et à l’utiliser pour accélérer l’avènement de communautés intelligentes et connectées. L’infrastructure des villes intelligentes est davantage centrée sur les premières villes mondiales d’envergure, mais je pense que cette perspective nous offre l’occasion de réfléchir d’une manière inventive aux aspects qui pourraient être mis en œuvre dans les collectivités pour changer la donne dans la vie de la population. Pensons, par exemple, à l’accès à une éducation de calibre international dans les collectivités éloignées, à la prestation de soins de santé de premier ordre grâce à la télémédecine, à une surveillance environnementale transparente ou à l’établissement de fournisseurs locaux. Je pense que nous pouvons nous mettre au défi de réfléchir à ce que pourrait être une communauté intelligente.
  2. Collecteurs de données autonomes : les nombreux véhicules autonomes que j’ai vus présentent un intérêt particulier en ce sens que les entreprises vont au-delà de l’aspect utilitaire du transport; les véhicules autonomes sont appelés à jouer un rôle de premier plan dans la collecte de l’information urbaine. Je n’avais jamais envisagé les voitures autonomes sous cet angle, pensant simplement que je pourrais écouter mes baladodiffusions préférées en allant au travail, tout en prenant mes courriels et en sirotant un moka frappuccino. La vérité, c’est que vu les progrès les plus récents de la reconnaissance des objets et de l’intelligence artificielle, nous avons affaire non pas à des véhicules essentiellement utilitaires conçus pour assurer le transport, mais à des appareils de collecte de mégadonnées qui exerceront une surveillance constante sur le milieu urbain. Lorsqu’ils parlent de camions et de véhicules autonomes, les exploitants miniers pensent en général à leur capacité de transporter des chargements, pas forcément au rôle qu’ils peuvent remplir dans la collecte de mégadonnées : le profilage des carrières, la collecte de renseignements sur la sécurité, la télédétection par laser (ou LIDAR), la géocartographie, etc. Comment pouvons-nous envisager dans une optique totalement nouvelle l’utilisation de véhicules autonomes dans des carrières et sous terre?
  3. Technologies prêt-à-porter de la prochaine génération : la prochaine génération de technologies prêt-à-porter a été l’un des points saillants du Consumer Electronics Show de cette année. J’en ai retiré l’impression que les fabricants vont au-delà des gadgets de conditionnement physique et des podomètres omniprésents dans nos vies quotidiennes et qu’ils investissent dans une nouvelle génération de dispositifs prêt-à-porter d’un calibre comparable à celui des appareils de surveillance médicale ou s’en approchant. Ces articles s’apparentent aux dispositifs de surveillance des fonctions respiratoires ou des signes vitaux utilisés en milieu hospitalier, par exemple les électrocardiographes. Les fabricants mettent au point des chaussures de sécurité intelligentes qui fournissent une rétroaction sur la posture et la position, aussi bien que des tissus intelligents de la prochaine génération ou des caméras corporelles de qualité industrielle dotées d’une fonction de reconnaissance des objets. Assailli par le nombre de nouveaux dispositifs munis de nouvelles applications que j’ai découverts, j’ai pris un peu de recul et j’ai réfléchi à la possibilité qui s’offre à nous de renforcer considérablement la sécurité de nos travailleurs de première ligne, mais aussi d’adopter une stratégie en matière de technologies prêt-à-porter et d’évaluer comment celles-ci et les enjeux de la confidentialité qui y sont associés doivent être abordés. 
  4. La technologie 5G en tant que plateforme habilitante : mon expérience de la technologie 5G et des possibilités qu’elle recèle en ce qui concerne les applications RV et RA a été saisissante. La lecture d’articles et de rapports a constitué en soi une expérience des technologies 5G. À la fin du salon, après avoir fait l’essai de différents types de casques d’écoute munis d’applications de jeux, de visionnement d’épreuves sportives et de formations sectorielles, j’étais abasourdi. Les sociétés minières mettent à la disposition des collectivités diverses applications de réalité virtuelle pour leur faire comprendre un projet ou un site, ou encore utilisent des simulations pour former des opérateurs ou créent des répliques numériques pour simuler et décongestionner. Soudain, les possibilités augmentent d’une manière exponentielle et les sociétés minières doivent en prendre acte. Il est clair que les technologies 5G seront d’importants catalyseurs de changement dans la sphère industrielle.

Je reviens donc au titre dickensien de ce message : Le conte de deux secteurs d’activité. Du point de vue du rythme et de l’envergure des perturbations, le décalage entre le secteur minier et celui de la consommation d’appareils électroniques n’est pas comparable au contraste entre Paris et Londres à l’époque de la Révolution française, mais c’est un rappel de ce qui peut se produire lorsque l’innovation est au cœur de la stratégie d’un secteur d’activité.

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