Points de vue

L’Économie des solutions offre des occasions au secteur sans but lucratif

Changer et prospérer… ou manquer une occasion

Les organismes sans but lucratif qui n’adoptent pas l’économie des solutions (partenaires, etc.) lutteront pour demeurer pertinents.

Par: Michael Pentland

Le secteur des organismes sans but lucratif fait face à un nouveau type de concurrence, mais compte également de nouveaux alliés. Un groupe d’innovateurs fait bouger les choses et s’attelle à résoudre le même genre de problèmes sociaux que ceux auxquels s’attaquent les organismes sans but lucratif depuis des décennies.

S’ils s’adaptent et changent, un grand nombre des 165 000 organismes sans but lucratif et de bienfaisance au Canada survivront et prospéreront. En revanche, les autres rateront le coche s’ils ne changent pas leur stratégie ou s’ils s’accrochent à l’ancienne façon de faire les choses.

Bienvenue dans l’« économie des solutions »

Il s’agit de ce que certains appellent la nouvelle économie des solutions, soit une nouvelle économie axée sur la résolution de problèmes sociaux. Dans ce type d’économie, les philanthropes, les entreprises, les entreprises sociales, les citoyens et les gouvernements redéfinissent la façon dont les problèmes sont résolus. Grâce à des idées audacieuses, à des technologies de rupture et à de nouveaux modèles d’affaires collaboratifs, des solutions de marché sont mises en place et des façons novatrices d’enrayer nos problèmes sociaux les plus épineux apparaissent.

Que peuvent faire les organismes sans but lucratif?

Dans cette nouvelle économie des solutions, les organismes sans but lucratif sont en concurrence entre eux pour obtenir le financement du gouvernement ou des dons de bienfaisance. Les organismes sans but lucratif le sont également pour demeurer pertinents et continuer de jouer un rôle important à l’instar des autres organismes, citoyens et entreprises désireux de changer le cours des choses.

Avec si peu d’argent, comment les organismes sans but lucratif réussiront-ils à survivre et même à croître? En s’associant à des organismes et à des personnes d’autres pays ou même d’autres secteurs dont les visions et les motivations, y compris le profit, peuvent être différentes des leurs.

Les organismes sans but lucratif luttent pour demeurer pertinents à l’instar des autres organismes, citoyens et entreprises désireux de changer le cours des choses.

Et si nous essayions de considérer les vieux problèmes d’un nouvel œil?

Que se produirait-il si nous appliquions cette dynamique axée sur le marché à certains des problèmes les plus sévères du Canada? Et si nous utilisions les principes de l’économie des solutions pour aider des millions de chômeurs canadiens à retourner au travail?

C’est ce qu’a fait Bill Young, de Social Capital Partners, en offrant des incitatifs à des entreprises qui étaient prêtes à embaucher des bénéficiaires de l’aide sociale impatients de trouver du travail. Le projet a été une réussite. M. Young, qui a été admis à l’Ordre du Canada pour son entreprise sociale et ses efforts philanthropiques novateurs, est bien décidé à réformer l’ensemble du système de chômage.

Si seulement M. Young et ses vis-à-vis pouvaient utiliser cette même vision pour d’autres problèmes qui semblent très  difficiles à résoudre.

Voyons les données suivantes1:

  • Les jeunes des Premières Nations du Canada risquent davantage d’être incarcérés que de terminer leurs études secondaires;
  • Dans les provinces des Prairies, 50 % de la population des établissements correctionnels sont des Autochtones;
  • Les Autochtones sont trois fois plus à risque que le reste de la population d’être victimes de crimes violents et courent un risque encore plus élevé d’être victimes d’agression sexuelle, de vol et de violence conjugale;
  • Dans les centres urbains, les Autochtones vivant dans la pauvreté sont deux fois plus nombreux que les non-Autochtones.

Les gouvernements et les organismes sans but lucratif tentent depuis des décennies de répondre à ce genre de situation, avec un succès plutôt limité. Comme nous travaillons avec des leaders autochtones et leurs collectivités, qu’arriverait-il si le gouvernement et les organismes sans but lucratif qui fournissent des services à ces collectivités recherchaient activement de nouveaux partenaires (des multinationales, des entrepreneurs sociaux, des créateurs d’applications, des particuliers), notamment ceux qui ont de l’expérience dans le traitement d’enjeux similaires auprès d’autres organisations? Ne seraient-ils pas aussi efficaces que Social Capital Partners l’a été?

Les organismes sans but lucratif peuvent jouer un rôle important

Le secteur sans but lucratif canadien – le 2e plus important au monde (les Pays-Bas sont 1ers) – est crucial dans l’économie des solutions.2

Les organismes sans but lucratif ont beaucoup à offrir. Ils sont dans une bonne position pour faire des mises en garde au sujet du développement de ces marchés et de ces écosystèmes économiques, pour veiller à ce que les difficultés soient bien comprises et pour faire en sorte d’éviter les répercussions imprévues.

Ils doivent tirer profit de leurs forces actuelles : 

  • Ils peuvent compter sur la passion et l’engagement d’employés et de bénévoles motivés;
  • Ils ont du personnel de première ligne possédant une connaissance du marché local sans pareille;
  • Ils sont engagés directement auprès des personnes dans le besoin;
  • La plupart présentent des structures à faible coût;
  • Ils ont durement gagné la confiance de leurs partenaires et établi leur crédibilité auprès de ceux-ci et dans les collectivités qu’ils servent.

Toutefois, s’ils veulent survivre dans la nouvelle économie, ils devront surmonter leurs faiblesses : 

  • Ils choisissent souvent parmi un cercle restreint les personnes qui dirigent leurs organismes;
  • Beaucoup sont lents à adopter les nouvelles technologies, souvent en raison d’un manque de financement;
  • Ils sont parfois réticents au changement.

La bonne nouvelle est que les organismes sans but lucratif qui acceptent de changer, d’explorer de nouveaux modèles économiques et de travailler avec de nouveaux partenaires pourront non seulement aider à relever certains des plus grands défis auxquels le Canada doit faire face, mais ils pourront aussi prospérer dans la nouvelle économie des solutions.

Selon vous, quel rôle sont appelés à jouer les organismes sans but lucratif dans ce nouvel environnement? Quels sont les autres aspects à considérer dans le dialogue? Comment votre organisation pourrait-elle changer tout en conservant son rôle clé pour ce qui est de contribuer au bien social?

1. Défis sociaux : le bien-être des Autochtones, Conseil canadien de développement social,

2. Le secteur sans but lucratif et bénévole du Canada est le deuxième du monde par ordre d’importance, Imagine Canada, communiqué de presse

Michael Pentland est un associé de l’équipe Stratégie et opérations de la pratique de Consultation de Deloitte à Ottawa, où il conseille des organismes sans but lucratif, gouvernementaux et du secteur de la santé.

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