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Publication du Comité de Bâle sur les méthodes de mesure des risques financiers relatifs au climat

Climate-related financial risks - measurement methodologies

Objectif du rapport et principales conclusions

Ce rapport vise à fournir une vue d'ensemble de la mesure de l’impact du climat sur les risques financiers (crédit, marché) sur le plan méthodologique et sur le plan de leur implémentation dans les établissements financiers. Il s'adresse aux banques ainsi qu'aux superviseurs. Il est accompagné d'un autre rapport (1) qui explique les facteurs de risques climatiques et la manière dont ils se transmettent aux risques financiers.

Il comporte trois parties : la première porte sur les problématiques conceptuelles du risque climatique et de sa transmission aux risques financiers. La seconde partie est un tour d'horizon des travaux de développement en cours. La troisième explore les défis que les approches devront relever dans le futur.

Le Comité de Bâle dresse, en synthèse, cinq constats :

Le risque climatique comporte des caractéristiques spécifiques,

rendant indispensable une approche prospective et un haut niveau de granularité, que ce soit pour le risque physique (2) (granularité géographique) ou le risque de transition (granularité sectorielle et juridictionnelle) (3)

Les mesures portent principalement sur le risque de transition

court terme lié aux émissions carbone, via des ratings ou des scores. En comparaison, les progrès sont moins visibles pour le risque physique



Le risque de crédit est le principal risque modélisé

sur le plan climatique, avant le risque de marché. Les risques opérationnels et de liquidité sont très peu abordés à ce jour




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Sur le plan de la quantification du risque climatique,

les approches restent embryonnaires, principalement axées sur l'identification des expositions à risque et encore peu reliées aux paramètres traditionnels du risque








Les domaines nécessitant des développements sont :

les méthodes de classification du risque, le manque de données, ainsi que les approches intégrant les aspects prospectifs. Selon le Comité de Bâle, de nouvelles données sont nécessaires afin de transformer les facteurs de risque climatique en risques économiques et lier ces derniers aux expositions ainsi qu'aux risques financiers, selon une granularité suffisante. Les approches devront également adresser la question centrale de l'incertitude, qui se manifeste dans la projection des facteurs de risque climatiques, dans le manque de données et dans le risque modèle

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Quelques éléments de comparaison avec des textes récents (EBA, BCE, ACPR)


Il est intéressant de mettre en perspective certains des éléments présentés dans ce rapport avec ceux d’autres publications récentes, comme celle de l’EBA (4) sur la gestion et la supervision des risques, de la BCE (5) sur une thématique similaire ou de l’ACPR (6) sur l’exercice pilote climatique 2020. Même si ces publications ont des objectifs différents, elles abordent des sujets méthodologiques essentiels autour du risque climatique et évoquent les principales difficultés rencontrées.

Globalement, le diagnostic de ces différentes institutions concernant l’état d’avancement et les défis qui se posent aux institutions financières apparaît similaire. On peut par exemple citer :

  • la catégorisation des approches retenues par les établissements. L’EBA distingue en particulier la méthode d’alignement du portefeuille (par rapport à des objectifs climatiques), la méthode ‘Risk Framework’ incluant les stress tests et les analyses en sensibilités, et la méthode ‘Exposure’ de type scoring. Cette manière de voir est très similaire à celle du Comité de Bâle ;
  • la part prépondérante de l’incertitude se manifestant par exemple au travers d‘effets complexes de non linéarité (7) ;
  • le passage des variables climatiques aux variables financières (8) ;
  • l’horizon de temps et l’absence d’historique de données suffisant ;
  • l’interconnexion souvent étroite entres les risques (9)  ;
  • les enjeux de catégorisation des risques sont également présents (10).

A la question essentielle de savoir si les risques climatiques doivent s’intégrer aux risque existants (crédit, marché, opérationnel, etc.) en tant que facteurs additionnels ou s’ils forment une nouvelle catégorie non entièrement réductible à ces risques, les institutions semblent pencher en faveur de la première option (11).  

Stress-testing


La question des scénarios et des stress-tests climatiques est centrale, quelle que soit l‘institution, principalement du fait de l’horizon de temps et de l’absence de données historiques qui en découle. Elle figure par exemple de manière explicite dans les attentes de la BCE (12), notamment en ce qui concerne l’intégration de ces scénarios dans la stratégie commerciale et de l’appréciation de sa résilience au-delà de 5 ans.

L’ACPR a de son côté, réalisé un exercice pilote inédit entre juillet 2020 et avril 2021 auprès des banques et des assureurs français, consistant à évaluer l’impact du risque de transition et du risque physique sur un horizon de 30 ans et décliné sur 55 secteurs. Elle relève le fait que les modèles des banques ne sont pas adaptés au regard des évolutions très lisses des variables économiques et financières sur une longue période, que le risque physique demande encore des travaux significatifs et que les modèles et les sources de données doivent être améliorés.

Se basant sur un sondage, l’EBA note que les outils de scénarios et de stress tests sont très limités dans les établissements bancaires de l’Union européenne (15% indiquant réaliser des analyses en scénarios). L’EBA mentionne plusieurs défis auxquels les établissements sont confrontés, parmi lesquels les multiples hypothèses qu’implique un programme de stress-testing :

  • choix et nature des scénarios ;
  • politiques environnementales et implications sur les facteurs de risques économiques et financiers ;
  • traitement des ‘tipping points’ ou points de bascule (13) ;
  • hypothèse sur les réponses technologiques et sur le comportement des consommateurs ;
  • corrélation entre différents types de risques (transition et risque physique) ;


L’incertitude sur les impacts doit conduire les établissements à l’utilisation de plusieurs scénarios note l’EBA (14), rejoignant ainsi la position générale du Comité de Bâle et selon laquelle plusieurs approches sont nécessaires, y compris pour appréhender un scénario donné (15,16).

Le Comité de Bâle met également l‘accent sur l’importance du caractère dynamique du bilan, tout en notant que celui-ci engendre nécessairement d’autres incertitudes. A ce sujet, on notera tout l’intérêt de l’exercice pilote mené par l’ACPR qui intègre une hypothèse d’un bilan statique jusqu’en 2025, puis dynamique jusqu’en 2050, ce qui a permis de laisser aux établissements le choix d’hypothèses sur leur stratégie de réponse aux changements climatiques.

Considérations méthodologiques

Intégrer les risques financiers découlant du risque climatique dans un cadre de gestion des risques demande de considérer de nouveaux concepts ou de revoir certains existants.
 

Les concepts

Le Comité de Bâle retient 6 thèmes donnant lieu à réflexion particulière.


Mesure des risques. Dans le cas du risque physique, les facteurs de risques sont généralement liés aux expositions financières via une fonction de dommages, celle-ci dépendant des secteurs, de la sévérité des risques, de l'horizon de temps et des particularités géo spatiales.

Le risque de transition peut être conceptuellement approché en étudiant l'impact des facteurs de risque propres à la transition sur les facteurs économiques, qui à leur tour impactent les flux financiers.

Le Comité de Bâle note que la distinction entre risque physique et de transition trouve ses limites dès qu'on considère les interactions entre ces deux types de risques : par exemple, l'augmentation du risque physique induit une pression politique qui agit sur le risque de transition.


Granularité des expositions. La granularité avec laquelle les établissements mesurent leurs risques est une question essentielle, fortement reliée à la disponibilité des données, et qui conditionne pour une large part la méthodologie qui sera développée.


Approches descendante (top-down) et ascendante (bottom-up). Le choix entre une approche top-down et une approche bottom-up est une question qui se pose aussi bien pour la cartographie des expositions que pour l'estimation du risque, chaque approche ayant ses inconvénients ou hypothèses : ainsi l’approche top down suppose que les expositions ne présentent pas de dispersion en risque significative entre elles. En outre, cette approche peut conduire à négliger les contributions individuelles lorsque celles-ci subissent des interactions. Inversement l'approche bottom-up nécessite de comprendre les corrélations en jeu (diversification ou amplification du risque).


Réduction du risque. Les risques climatiques peuvent être réduits par divers moyens (assurance, produits dérivés, localisation d'une contrepartie dans un secteur plus ou moins régulé). Il est important de distinguer l'exposition brute et nette (sans et avec réduction du risque), d'autant plus que la couverture du risque peut devenir inefficace ou obsolète (exemple : modification d'une police d'assurance).


Idiosyncrasie/hétérogénéité. Elle porte sur les secteurs, les zones géographiques, sectorielles et les juridictions.


Incertitudes. L'insuffisance ou l'absence d'historiques nécessite des hypothèses portant sur les comportements des acteurs économiques, les politiques et les avancées technologiques, en vue de réaliser des projections. Les principales sources d'incertitudes proviennent de l'existence de points de bascule (événement ou moment séparant brusquement deux régimes très différents), d'interconnections au sein des systèmes ou de l'hétérogénéité spatiale des impacts (sévérité et fréquence).

Problèmes conceptuels que les banques et les superviseurs doivent adresser
 

Mesure des risques

 

La distinction classique entre le risque physique et risque de transition trouve ses limites du fait de leurs interactions.

 

Granularité des expositions

 

Un niveau approprié de la granularité doit faire l'objet d'une attention particulière, car lié à la méthode qui sera retenue.

 

Top down et bottom up approches

 

L'une ou l'autre peuvent être mises à mal par l'existence de fortes interactions ou corrélations entre les expositions individuelles.

 

Réduction du risque

 

Les expositions brute (sans élément de réduction du risque) et nette doivent être distinguées.

 

Idiosyncrasie / hétérogénéité

 

Elle porte sur les secteurs, les zones géographiques, les secteurs et les juridictions.

 

Incertitudes

 

Les principales sources d'incertitudes proviennent de l'existence de points de bascule, d'interconnections au sein des systèmes ou de l'hétérogénéité spatiale des impacts (sévérité et fréquence).

 

Les besoins en données

Le Comité de Bâle distingue (i) les données qui décrivent les facteurs de risques, et qui sont utilisées pour transformer le risque climatique en impact économique (17), (ii) les données qui décrivent la vulnérabilité des expositions vis-à-vis des risques (18) et (iii) les données qui permettent de passer des facteurs de risque économiques aux risques financiers (19).
 

La classification du risque climatique

Il s'agit de classer les risques afin de pouvoir classer et différentier les expositions à ces risques. Le Comité de Bâle relève que les particularités du risque climatique engendrent une complexité qui n'est pas bien traduite dans la plupart des classifications.

Dans le cas du risque physique la localisation géographique est primordiale, tandis que les juridictions sont déterminantes dans le risque de transition. Pour ce dernier, la localisation peut être aussi essentielle, dans la mesure où elle détermine certaines régulations nationales ou locales, ou des marchés de consommateurs.

Type de méthodologies

Modèles d'estimation des impacts économiques liés au changement climatique

Le Comité de Bâle cite environ 8 modèles, et les analyse selon les critères Forces / Faiblesses / Horizon de temps / Facilité d'implémentation / Granularité et agrégeabilité. Parmi eux, le modèle IAM, qui combine modélisation de la croissance économique et modélisation du climat et de l'énergie, est le plus fréquemment employé. Il permet de projeter les facteurs de risque de transition et les émissions de gaz à effets de serre et les relie à la croissance. Il est cependant inapte à capter les impacts dus aux événements climatiques extrêmes et ne considère que certains types de risques physiques, limitant ainsi son réalisme. De manière générale, les modèles manquent de granularité pour capter de manière satisfaisante certaines expositions, en particulier pour le risque physique.
 

Principales approches de mesure du risque

Le Comité de Bâle cite quatre grandes approches :

  • les approches de type score ou notation climat (parmi lesquelles les « heatmaps »), moins fiables cependant comparées aux scores financiers, du fait du manque de données ;
  • les analyses en scénario ou projections prospectives, typiquement conduites autour de quatre étapes : identification de scénarios, lien avec les risques financiers, estimation de la sensibilité à ces risques et extrapolation et agrégation à l'ensemble des expositions ;
  • les stress tests, qui visent à apprécier la résilience des établissements financiers à des chocs économiques. Ils ont été récemment étendus au risque climatique, mais ne sont pas utilisés dans un objectif de dimensionnement de capital ;
  • les analyses en sensibilités, cas particulier de scénario centrés autour de variables spécifiques, dont l'utilité provient précisément de leur capacité à analyser un effet particulier, versus un effet global découlant d'un scénario.


Cas des scénarios et des stress tests

Le Comité de Bâle passe en revue les principales caractéristiques des scénarios généralement retenus (IAM utilisés par le NGFS et IEA). Ceux-ci comportent comme limites le fait de ne pas suffisamment s'appliquer à l'ensemble du bilan d'une banque et le fait que les résultats ne considèrent pas l'impact des changements de température sur l'économie.

Une autre difficulté relevée par le Comité de Bâle concerne l'horizon de temps et son impact sur l'hypothèse sur l'évolution du bilan : l'hypothèse d'un bilan statique devient peu pertinente pour des horizons lointains tandis qu'un bilan dynamique entraîne une part importante de jugement.

Méthodes de mesures utilisées par les banques et les superviseurs

La revue du Comité de Bâle porte sur deux aspects : les approches pour lier le risque climatique aux expositions et les méthodes de quantification du risque.
 

Les approches pour lier le risque climatique aux expositions

Les indicateurs diffèrent selon qu'ils portent sur le risque de transition ou le risque physique.

Dans le cas du risque de transition, les banques analysent comment les secteurs sont affectés par une transition vers une économie bas carbone.
Les banques se basent sur la notion d'actif "carboné" (carbon-related asset), dont la quantité est un proxy du risque de transition, ou sur une notion connexe, l'empreinte carbone. Un autre indicateur proxy est l'alignement avec les objectifs climatiques, qui peut également être utilisé dans un contexte de risque de réputation. On trouve également les notions de différentiel de risque entre activités brunes et activités vertes (20).

Concernant le risque physique, l'objectif est d'identifier les concentrations géographiques des risques, leur nature, probabilité et sévérité. Parmi les indicateurs, on trouve le score qui peut recouvrir divers facteurs de risque physique (inondation, sècheresse) qui sont ensuite agrégés. Ces indicateurs servent ainsi de mesures de sensibilité à divers chocs. Les expositions considérées sont surtout les portefeuilles entreprises et immobilier (21).

L'évaluation de l'impact financier du risque climatique s'opère de plus en plus au niveau de la contrepartie, notamment pour des raisons de décision de crédit. La quantification reste cependant peu aboutie. Les approches en rating sont fréquentes, qu'elles portent sur les contreparties ou sur les expositions. Séparé du risque de crédit, le rating climat incorpore les risques physiques et de transition. Les métriques peuvent être basées sur des informations sectorielles et ajustées au niveau individuel.

Il est à noter que l'utilisation d'un rating climat, même lors de l'octroi de crédit, ne s'accompagne pas encore de son intégration dans le rating de crédit, sauf dans des cas spécifiques. Le score climat peut néanmoins être utilisé pour déclencher une revue approfondie de la qualité de crédit ou ajuster "manuellement" le rating crédit.

Les méthodes de quantification des risques financiers liés au climat

Les méthodes utilisées par les banques pour quantifier les risques financiers découlant du risque climatique comprennent les analyses de scénario, les stress-tests et les analyses en sensibilités. Elles concernent essentiellement le risque de crédit et le risque de marché.

Lors d’ateliers de travail organisés par la TFCR (Task Force on Climate-related Financial Risks) en 2020, les banques ont indiqué que les marchés financiers avaient commencé à intégrer les risques climatiques dans les prix de certains actifs ou dans certains secteurs, bien que de manière très imparfaite, l’impact du climat sur les risques financiers étant loin d’être bien compris.

Les estimations des risques financiers sont limitées :

  • pour le risque physique, à certaines régions et principalement pour les secteurs de l'agriculture et des services publics, ainsi que l'immobilier commercial et les portefeuilles hypothécaires. Les risques physiques pris en compte dans les scénarios portent essentiellement sur l'eau (inondation) (22) ;
  • pour le risque de transition, les secteurs des services publics, métaux et mines, pétrole et gaz, transport et production automobile, construction (ciment et acier). Les scénarios s'appuient sur l'IEA ou le NGFS. A partir de l'évaluation de prix de base (prix de l'électricité, du carbone) selon divers scénarios, les banques calculent l'impact sur le rating crédit, l'impact financier sur le portefeuille crédit (via par exemple les cash flows ou l'EBITDA) ou l'alignement avec les objectifs climatiques ;
  • Il est à noter que le risque de transition est principalement appréhendé par ses effets technologiques ou de politique, versus des changements de préférences des consommateurs (d'après une étude TCFR sur les méthodologies utilisées des superviseurs).


En termes de gestion des risques, on assiste à un début d'intégration des risques financiers liés au climat, sous la forme de scores ou « heatmaps » appliqués à des secteurs ou portefeuilles spécifiques. Il s'agit avant tout d'identifier les régions et secteurs particulièrement vulnérables avant d'entreprendre une analyse plus granulaire. L'intégration complète de ces risques dans les process existants et les paramètres de risques comme les PD, LGD, ... reste une question ouverte. Le contrôle ou la réduction de ces risques commence à être pris en compte, par exemple via des échanges avec les clients (compréhension de leur stratégie en matière de réduction des émissions) ou des couvertures d'assurance.

Perspectives

Le Comité de Bâle considère que les approches de classification des risques comportent plusieurs défis :

La classification des risques

Une classification trop simple peut faire l'hypothèse erronée que les contreparties d'une même zone géographique ou d'un même secteur ont des risques similaires (23). Il est également important de bien identifier la stratégie de couverture de la contrepartie afin de ne pas confondre exposition brute et nette.

La comparabilité des risques entre les juridictions peut être impossible en l'absence de standards communs entre celles-ci pour mesurer les facteurs de risque, quand bien même la banque y appliquerait la même méthodologie (24).

Enfin, l'agrégation peut être complexe pour un groupe international présent dans de multiples juridictions, et se heurter à l'impossibilité de concilier une vision globale pour le pricing et la prise de risque, avec la nécessité de refléter des exigences ou particularités locales.
 

La disponibilité des données

En ce qui concerne les défis liés aux données, le Comité de Bâle fait la distinction entre les données qui traduisent les expositions à risque (25)  et les données qui décrivent les facteurs de risque (physique et transition), pour lesquelles les principales problématiques portent sur la granularité, l'homogénéité et la complétude selon les régions, et leur fréquence de disponibilité.
 

Méthodologies d'estimation prospective

Avec la classification des risques et la constitution des données, la question principale est comment passer des facteurs de risques climat à des paramètres de risques financiers de manière prospective (forward looking).

Cadre méthodologique
Un des principaux obstacles à la définition d'un cadre méthodologique est l'incertitude autour des facteurs de risques climatiques. Elle reflète la multiplicité des combinaisons de facteurs de transition aboutissant à une même quantité de CO2 émis. Un scénario donné peut donc aboutir à des impacts très différents, selon les méthodes ou hypothèses sous-jacentes. Le Comité de Bâle préconise donc le recours à des scénarios différents, ainsi que des approches alternatives autour d'un même scénario.

Un second enjeu concerne les impacts des scénarios climat, dont la prise en compte doit être améliorée.

  • Pour le risque de transition par exemple, les modèles IAM sont insuffisantes pour appréhender la dynamique macro-économique qui résulte d'une augmentation de la taxe carbone. Pour contourner cette difficulté, les approches cherchent à calibrer sur une base historique les impacts économiques d'un choc sur le prix du carbone (lui-même approximé par des prix d'énergie)
  • En ce qui concerne le risque physique, le lien est encore à établir, entre un scénario climat et les facteurs de risque physique. En particulier, les impacts économiques d'événements brusques ne sont pas captés.


L'horizon de temps
Les échelles de temps considérées ont comme conséquence de générer une incertitude sur les résultats et de mettre à mal la robustesse des projections. A cette situation inhérente au risque climatique, s'ajoute le cadre de risque actuel, davantage tourné vers des expositions court terme et des exigences réglementaires court termes. Un changement de paradigme doit être considéré, incluant l'incertitude sur la composition future du portefeuille, dont l'hypothèse de stationnarité est peu pertinente à long terme.

Complexité opérationnelle
La mesure des risques climatiques repose sur la qualité des systèmes informatiques ainsi que sur la capacité des banques à collecter un nombre important de données, générant une complexité opérationnelle de ses process. Les établissements de taille importante doivent concilier cadre commun d'approche avec des lignes métiers parfois très spécifiques, tandis que les établissements de plus petites tailles doivent trouver un équilibre entre allocation des ressources et sophistication.

1 Climate-related risk drivers and their transmission channels". https://www.bis.org/bcbs/publ/d517.htm
2 « Les impacts physiques incluent les coûts économiques et les pertes financières résultant de la gravité et de la fréquence accrues des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique (comme les canicules, les glissements de terrain, les inondations, les incendies et les tempêtes) ainsi que des modifications progressives à long terme du climat (comme les modifications des précipitations, la variabilité météorologique extrême, l’acidification des océans ainsi que la hausse du niveau des mers et des températures moyennes). ” ACPR https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/20200525_synthese_gouvernance.pdf
3 « Les impacts de la transition sont liés au processus d’ajustement vers une économie à faible émission de carbone. Les émissions doivent finir par atteindre la neutralité carbone pour empêcher l’accentuation du changement climatique. Le processus de réduction des émissions est susceptible d’avoir un impact significatif sur tous les secteurs de l’économie en affectant la valeur des actifs financiers et la profitabilité des entreprises. Si une action urgente est souhaitable, une transition abrupte pourrait avoir un impact sur la stabilité financière et plus largement sur l’économie. » ACPR https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/20200525_synthese_gouvernance.pdf
4 EBA Discussion Paper “On management and supervision of ESG risks for credit institutions and investment firms”, 30 octobre 2020
5 BCE Guide on Climate-related and Environmental Risks, 27 novembre 2020
6 ACPR Principaux résultats de l’exercice pilote climatique 2020, 4 mai 2021
7 “Climate-related events and risks are uncertain, and may be subject to non-linearities.” (BCBCS ‘Climate-related risk drivers and their transmission channels’, page 2); “Most of the ESG risks, especially those related to climate risk, are non-linear.” (EBA, page 50)
8 «it remains challenging to translate these ESG factors into expectations for the financial performance of the counterparty” (EBA page 49); “Another significant challenge mentioned by banks and supervisors has to do with the ability of financial risk models to factor in variables linked to climate scenarios” (BCBS, page 41)
9 “Climate-related and other environmental risk cannot be entirely separated, as they may reinforce each other given that climate change could increase the degradation of the environment and vice versa.” (EBA, page 30), or “transition and physical risks interact closely with each other” (EBA, page 38); ”Environmental and social risks are closely interrelated” (EBA, page 39); “Interactions exist across both physical and transition risk drivers and (…) a joint consideration of risks may be necessary.” (BCBCS ‘Climate-related risk drivers and their transmission channels’, page 2); “There is also evidence of an interconnection between climate-related change and environmental risks, resulting in combined effects capable of potentially generating even greater impacts.” (BCE, page 12)
10 “In general, institutions are expected to adopt granular approaches to mapping these impacts on their business environment. Depending on the type of climate-related and environmental impact, granular approaches may include “within-sector” differences, taking into account supply chain effects or using detailed geographic location data.” (BCE, page 17); “Reflecting the current availability of data, identification criteria may not be granular or specific enough to sufficiently differentiate among counterparties." (BCBS, page 35)
11 “The discussion paper argues that the impact of ESG risks materialises in the form of existing prudential risks (e.g. credit risk, market risk, operational risk).” (EBA, page 16); “Institutions are expected to incorporate climate-related and environmental risks as drivers of existing risk categories into their existing risk management framework.” (BCE, page 4); “…traditional risk categories used by financial institutions and reflected in the Basel Framework can be used to capture climate-related financial risks.” (BCBCS ‘Climate-related risk drivers and their transmission channels’, page 2)
12 “Institutions are expected to determine which climate-related and environmental risks impact their business strategy in the short, medium and long term, for example by using (stress) scenario analyses.” (BCE, Expectation 2.1) – “Institutions are expected to comprehensively include climate-related and environmental risks in their assessment of materiality for all of their business areas in the short, medium and long-term under various scenarios.” (BCE, Expectation 7.2) – “Institutions with material climate-related and environmental risks are expected to evaluate the appropriateness of their stress testing, with a view to incorporating them into their baseline and adverse scenarios.“ (BCE, Expectation 11).
13 Le Comité de Bâle donne cette définition du point de bascule : “A level of change in system properties beyond which a system reorganises, often abruptly, and does not return to the initial state even if the drivers of the change are abated. For the climate system, it refers to a critical threshold when the global or regional climate changes from one stable state to another stable state.”
14 « given the higher uncertainty over climate pathways and the length of the time horizon, using multiple scenarios, instead of one or two as done in supervisory stress testing, would help to perform a broader assessment of climate risks. » (EBA, page 114)
15 “Methodological approaches to take these different drivers of uncertainty into account often involve evaluating a number of scenarios in a forward-looking manner.” (BCBS, page 10)
16 “when assessing the effects of future possible climate events, accounting for uncertainty by adopting alternative scenarios as well as the results of different modelling approaches underlying the same scenario may be needed to make the analysis more robust. Nevertheless, exploring multiple scenarios resulting from various climate risk drivers may be particularly resource-intensive.” (BCBS, page 39)
17 exemple : prévision ou fonction de distribution d'inondation maritime ou fluviale, de feux de forêt.
18 exemple : pour le risque physique, localisation géographique d'une contrepartie, celle-ci nécessitant généralement une précision allant bien au-delà de l'information pays et selon toute la chaine production, stockage, transport, distribution ; pour le risque de transition, type d'activité économique au sein d'une juridiction donnée.
19 exemple : pour la mesure de l'impact climatique sur la liquidité, données sur le refinancement et les retraits, le comportement de détenteurs d'obligations, de déposants.
20 Exemple dans le cas de l'immobilier : distribution des labels énergétiques dans un portefeuille de prêts collatéralisés par de l'immobilier.
21 Exemples d'indicateurs / d'analyses (pouvant provenir de données publiques ou de scores d'agences) : nombre d'habitants dans des régions situées à moins de 5 m au-dessus du niveau de la mer, utilisation de cartes de crues pour estimer la probabilité de survenance d'une inondation dans une région donnée et sur un certain horizon.
22 Exemple : translation d'un risque physique chronique en changements de productivité, puis en impact sur les revenus.
23 Exemple : cas d'une contrepartie d'un secteur exposé, qui a investi dans une technologie bas carbone, ou deux contreparties d'un même secteur, mais dans des zones géographiques différentes soumises à des politiques carbone différentes.
24 Exemple, pour le risque physique, avoir une définition commune du risque de feu de forêt.
25 Par exemple, dans le cas des informations de tiers sur les ratings, se posent le problème de l'opacité de la note, d'une normalisation insuffisante de l'information sous-jacente et de la comparabilité des méthodes entre agences. Le Comité de Bâle rappelle la nécessité pour les banques d'une bonne compréhension des méthodologies qu'elles utilisent. Par ailleurs, le fait que les ratings sont constitués à partir d'un échantillon limité de (grandes) entreprises retreint leur applicabilité à l'ensemble du portefeuille de la banque.
Les informations communiquées par les contreparties peuvent être utiles mais manquent de précision ou d'exhaustivité ou encore la disponibilité dans le temps de ces informations (notamment après la signature de la transaction). De la même manière, le recours à des données publiques, bien qu'utile, se heurte au manque de comparabilité des reportings entre juridictions et plutôt réservées aux entreprises de taille importante. De leur côté, les données fournies par les superviseurs offrent l'avantage de la récurrence et de la standardisation mais sont insuffisamment granulaires.