Posted: 31 Jul. 2020 5 Temps de lecture

L’économie canadienne affiche un fort rebond en mai et poursuit sur cette lancée en juin

L’économie canadienne a connu une croissance de 4,5 % en mai, après deux mois de recul dévastateur découlant des fermetures visant à endiguer la pandémie de COVID-19. La croissance enregistrée en mai reflète les mesures provinciales de réouverture progressive, ce qui a entraîné la relance de certaines activités d’affaires. Il s’agit là d’un incroyable rebond mensuel de la croissance, mais qui s’inscrit dans la foulée de deux mois de recul sans précédent. Les hausses de mai ne compensent que partiellement la faiblesse des activités en mars et avril, alors que l’activité économique demeure inférieure de 15 % aux niveaux d’avant la pandémie en février.

Selon les estimations préliminaires pour le mois de juin, la croissance du PIB réel du Canada se chiffrerait à 5 %, ce qui signifie que le pays risque de subir une baisse de -12 % (-40 % sur une base annualisée) au deuxième trimestre de 2020. Cela correspond presque exactement à l’estimation de 39,8 % que Deloitte avait établie dans ses dernières prévisions trimestrielles. 

Ces estimations préliminaires sont fondées en partie sur l’augmentation de la production dans plusieurs secteurs industriels, notamment la fabrication, le commerce de détail et de gros, la construction, le transport, l’hébergement et les services de restauration, et le secteur public. 

Les secteurs des biens et des services ont connu une croissance en mai, le secteur des biens ayant progressé de 8 % et celui des services, de 3,4 % par rapport à avril. La majorité des secteurs industriels, soit 17 sur 20, ont progressé. Les trois secteurs ayant affiché la plus forte augmentation d’un mois à l’autre sont l’hébergement et les services de restauration (24,2 %), la construction (17,6 %) et le commerce de détail (16,6 %). Trois secteurs n’ont pas renoué avec la croissance : les arts, spectacles et loisirs (-2,9 %), l’administration publique ( 1,8 %), et la gestion de sociétés et d’entreprises (-0,1 %).

La croissance de 17,6 % du secteur de la construction en mai, qui avait reculé de  22,8 % en avril, est largement attribuable à l’assouplissement des restrictions, qui a permis de reprendre progressivement les activités de construction en mai. L’Ontario et le Québec ont le plus contribué à la croissance du secteur en mai, l’amenant à afficher sa plus forte progression jamais enregistrée. Par rapport à avril, la construction résidentielle a progressé de 20,4 %, la construction non résidentielle, de 56,7 %, et le sous-secteur de la rénovation, de 18,9 % en mai.

La croissance de 16,6 % du commerce de détail représente la plus forte hausse mensuelle enregistrée depuis le début de la série, alors que 11 des 12 sous-secteurs ont affiché une croissance en mai. Les concessionnaires de véhicules automobiles et de pièces automobiles ont le plus contribué à cette croissance, en enregistrant une hausse de 68,6 % en mai. Avec la réouverture, les magasins de marchandises diverses ont atteint leur niveau d’activité d’avant la pandémie grâce à une croissance de 19,8 %. Les autres sous-secteurs qui ont rebondi sont ceux des magasins de vêtements et d’accessoires (+94,8 %), de même que les magasins d’articles de sports, d’articles de passe-temps, de musique et de livres (+98,2 %). Ce phénomène était à prévoir, à la lumière des données mensuelles sur les ventes au détail, selon lesquelles le niveau global d’activité commerciale s’est peut-être complètement rétabli durant l’été, mais dans un contexte où la composition des dépenses diffère grandement de celui d’avant la COVID 19.

Si les services d’hébergement et de restauration ont connu une croissance de 24,2 % en mai, ce secteur se remet toujours d’un important recul de  45,1 % en avril. Celui-ci a progressé durant le mois principalement en raison de l’assouplissement des restrictions liées à la COVID-19, avec la réouverture des salles à manger et des terrasses dans certaines régions du pays. Malgré cette relance en mai, la croissance du secteur par rapport au même mois l’an dernier se chiffre à -57,4 %, ce qui indique à quel point le secteur devra croître pour se redresser complètement.

Ces résultats cadrent avec nos récentes prévisions économiques. Dans l’ensemble, nous croyons que l’économie canadienne connaîtra une baisse d’un peu plus de 7 % cette année. Par contre, ce taux annuel ne témoigne pas de la forte croissance enregistrée durant la deuxième moitié de l’année et de la progression continue en 2021.

Des risques planent toujours sur la reprise; aussi, il sera essentiel d’envisager différents scénarios. Il y a notamment le risque d’une deuxième vague. Il y a aussi le risque que les États-Unis connaissent une reprise tardive et chaotique. Quoi qu’il en soit, maintenant que l’économie canadienne a atteint la phase de rétablissement de la crise, il est temps pour les dirigeants d’entreprise et les gouvernements de réfléchir aux mesures à prendre pour prospérer dans la nouvelle réalité. 

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Associé et économiste en chef

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.