Posted: 08 May. 2020 5 Temps de lecture

Le Canada perd deux millions d’emplois et plus du tiers des Canadiens subissent des perturbations relatives à leur travail; les États-Unis ont perdu plus de 20 millions d’emplois en avril

Sondage sur la main-d’œuvre canadienne en avril

Avant d’entrer dans les détails, résumons les principaux éléments fournis dans l’affligeant rapport sur l’emploi qui a été publié aujourd’hui. Premièrement, nous savions tous que le nombre d’emplois avait chuté en avril; il nous restait seulement à déterminer à quel point. Deuxièmement, les principaux résultats étaient moins graves que les prévisions annoncées par Bay Street, mais les réactions sur le marché ont été étonnamment rares. Statistique Canada a notamment dépassé les attentes en offrant de l’information supplémentaire pour permettre aux Canadiens de comprendre les répercussions socio-économiques de la pandémie. Dans l’ensemble, l’incidence de la pandémie sur le marché de la main-d’œuvre est conforme à nos prévisions.

L’économie canadienne a perdu près de deux millions d’emplois en avril, ce qui représente environ la moitié des pertes prévues par les analystes. En les comptabilisant avec les pertes en mars, le nombre total d’emplois perdus depuis le début de la pandémie de COVID-19 est supérieur à trois millions. Le nombre d’emplois à temps plein a diminué de 9,7 % et le nombre d’emplois à temps partiel a diminué de 17,1 %. 

Le taux de chômage a augmenté de 5,2 % en avril pour s’établir à 13,0 %. Il s’agit du deuxième taux de chômage le plus important de l’histoire du pays; il se situe seulement 0,1 % en deçà du record établi en décembre 1982. Néanmoins, les principaux résultats ne reflètent pas tout à fait l’envergure des mises à pied. Pour être considéré sans emploi, un répondant au sondage doit indiquer qu’il n’a pas d’emploi, mais qu’il cherche activement du travail. Puisque de nombreuses personnes mises à pied en raison de la COVID-19 ne cherchaient pas de travail, car elles tenaient pour acquis qu’elles retrouveraient leur emploi après la pandémie, elles n’ont pas été considérées comme étant sans emploi. En incluant ces personnes, le taux de chômage augmente de près de cinq points de pourcentage pour atteindre 17,8 %.

Les secteurs de la production de biens ont été les plus durement touchés en avril, enregistrant une perte d’emplois de 15,8 % comparativement à la perte de 9,6 % enregistrée dans les secteurs des services. Les secteurs de la production de biens les plus touchés sont la construction (-21,1 %) et le secteur manufacturier (-15,7 %). En ce qui a trait aux secteurs des services, les pertes ont été particulièrement lourdes dans l’hébergement et les services alimentaires (-34,3 %) et le commerce de détail (‑14,1 %), alors que l’administration publique (-1.8 %) et les finances (-1.9 %) ont contribué au ralentissement de la perte d’emplois globale. Le secteur des services publics a été le seul à ne pas enregistrer de gain ou de perte d’emploi.

Le chômage a augmenté dans toutes les provinces, les plus hauts taux ayant été enregistrés au Québec (17,0 %), à Terre-Neuve-et-Labrador (16 %) et en Alberta (13,4 %)

Au mois d’avril, plus du tiers de la population active (36,7 %) n’a pas travaillé ou a travaillé moins de la moitié de ses heures de habituelles, ce qui illustre les effets persistants de la crise économique liée à la COVID-19 sur le marché du travail.

Dans l’ensemble, le nombre total d’heures travaillées a diminué de 14,9 % en avril, par rapport à mars où il avait reculé de 15,1 %, pour un déclin combiné de 27,7 %depuis février. Cette diminution correspond à nos attentes et à une forte contraction de l’économie au deuxième trimestre qui, une fois annualisée, s’établira à environ 50 %selon nos prévisions.

Le taux horaire moyen a augmenté de 10,8 % en avril par rapport à l’an dernier, ce qui reflète des licenciements concentrés dans les secteurs où les salaires sont faibles.

Maintenant que nous savons combien d’emplois ont été perdus, nous avons une idée plus claire de ce à quoi ressemblera la reprise.

Au mois d’avril, il y avait approximativement 5,8 millions de personnes qui ne travaillaient pas et dont on peut raisonnablement s’attendre à ce qu’elles reprennent le travail quand les conditions de santé publique le permettront. De ce nombre, environ les deux tiers (3,8 millions) avaient un certain lien d’emploi spécifique : il s’agissait soit de personnes employées qui ne travaillaient pas pour des raisons liées à la COVID-19, soit de personnes mises à pied temporairement, ce qui suggère qu’elles s’attendent à reprendre le même travail dans les six prochains mois.

Puisque les gouvernements provinciaux prévoient rouvrir graduellement l’économie, la reprise sur le marché du travail se fera elle aussi graduellement. En outre, même si de nombreux employés mis à pied retourneront à leur emploi d’avant, le chômage demeurera élevé. De nombreuses petites et moyennes entreprises fermeront et des travailleurs se retrouveront sans emploi. Cette réouverture se déroulera dans un contexte de récession mondiale, ce qui freinera la demande en main-d’œuvre au Canada. Cela implique qu’il faudra attendre des années avant le retour du plein emploi. Bon nombre de travailleurs devront changer d’employeurs, et peut-être même de secteur d’emploi, ce qui stimulera la demande en recyclage et en perfectionnement professionnels une fois la période de confinement terminée.

Rémunération et main-d’œuvre aux États-Unis

Aux États-Unis, 20,5 millions d’emplois ont été perdus au cours du mois d’avril, soit plus d’un emploi sur huit. Ces résultats sont inférieurs aux attentes de Wall Street, mais demeurent conformes aux prévisions pointant vers 22 millions de pertes d’emploi. Ce recul est le plus important enregistré depuis 1939, après la perte de 870 000 emplois enregistrée en mars.

Plus de 23 millions d’Américains se sont retrouvés au chômage en avril en raison des mises à pied découlant des mesures de confinement liées à la COVID-19. Le taux de chômage a bondi de plus de 10 points de pourcentage pour s’établir à 14,7 %. Ce taux est également inférieur aux prévisions, qui s’établissaient à 16 %, mais il s’agit d’un sommet inégalé depuis 1948. Si l’on inclut les personnes aux limites de la population active et celles qui travaillent à temps partiel pour des raisons économiques, le taux de chômage global grimpe à 22,8 %.

Aucun secteur important n’a pu échapper aux mises à pied survenues en avril. Le secteur du tourisme d’accueil et des loisirs a été le plus durement touché, avec 7,7 millions de pertes d’emploi enregistrées au cours du mois, soit près de la moitié de sa main-d’œuvre. Les secteurs du commerce de détail, des services professionnels et des services d’affaires et le secteur des soins de santé ont chacun enregistré plus de 2 millions de pertes d’emploi. Les secteurs de la fabrication (-1,3 million), des autres services (-1,2 million) et de la construction (-975 000) ainsi que la fonction publique (-980 000) ont également enregistré des reculs importants.

Les salaires horaires ont augmenté de 1,34 $ en moyenne, ce qui a fait passer le taux de croissance annuel des salaires à 7,9 %. Cette hausse reflète probablement la perte de nombreux emplois peu rémunérés en raison des mesures de confinement. 

Les marchés ont relativement bien accueilli ces données. Les grands titres ont été plus positifs que prévu, ce qui a stimulé les actions, et la croissance accrue des salaires a favorisé les rendements obligataires et le dollar américain.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.