Posted: 27 Feb. 2020 5 Temps de lecture

Répercussions économiques de l’éclosion du coronavirus

L’éclosion et la propagation du coronavirus constituent un risque important pour les perspectives économiques mondiales. Dans cette publication, nous présentons nos réflexions sur les répercussions économiques potentielles à la lumière de ce que nous savons jusqu’à maintenant. 

L’actuelle souche de coronavirus (COVID-19) est plus contagieuse que le SRAS il y a 17 ans, mais les données médicales suggèrent que son taux de mortalité est moins élevé. Dans les deux cas, le foyer de l’épidémie se trouvait en Chine, mais l’importance de l’économie chinoise dans le monde était beaucoup moins grande en 2003, soit seulement 4,3 % du PIB mondial par rapport à 16,3 en 2019.

Le SRAS a freiné la croissance mondiale de 0,15 %. Le COVID-19 aura des conséquences négatives beaucoup plus grandes, mais celles-ci dépendent de l’ampleur et de la durée de sa propagation. Jusqu’à la fin février, tout portait à croire que le virus était maîtrisé, alors que le nombre de nouveaux cas diminuait chaque semaine. On osait alors espérer que la faiblesse économique se limiterait essentiellement au premier trimestre et que l’activité économique reprendrait à un moment donné en avril. En fonction de cette hypothèse, la croissance économique mondiale aurait pu fléchir de 0,3 %; elle serait alors passée d’environ 3 % à 2,7 %.

Ces derniers jours, par contre, le nombre de cas à l’extérieur de la Chine a augmenté, ce qui soulève la possibilité d’une plus grande onde de chocs économiques. Mais il convient de préciser qu’il est encore tôt, et que le nombre de cas à l’extérieur de la Chine demeure peu élevé. L’ampleur de la contagion à venir relève de la spéculation. L’éclosion du COVID-19 se manifeste dans un contexte de faiblesse économique mondiale. En effet, le secteur manufacturier mondial a connu un repli l’an dernier, dans la foulée de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et de l’incertitude associée au BREXIT. La bonne nouvelle, c’est que la faiblesse du secteur manufacturier était en voie de s’atténuer et que le ralentissement mondial semblait se stabiliser. Notre équipe s’attendait à une légère accélération de la croissance en 2020, mais l’éclosion de la grippe a changé la donne. À notre avis, les répercussions économiques du COVID-19 mèneront à un nouveau fléchissement du secteur manufacturier mondial. Il reste à savoir si la confiance des consommateurs diminuera face aux nouvelles de la pandémie de grippe et aux grands titres faisant état de la volatilité des marchés financiers. Tant que les consommateurs continuent de dépenser et que les secteurs de service poursuivent leur croissance, on devrait éviter une récession. À ce point-ci, tout indique que nous nous dirigeons vers un ralentissement économique mondial, mais les risques de récession ont assurément augmenté, et certains secteurs sont particulièrement vulnérables.

Jusqu’à maintena­nt, la faiblesse économique s’est concentrée en Chine. Ce sont les dépenses de consommation au pays qui en subiront particulièrement les conséquences; mais on déplorera aussi une réduction importante des investissements et de la production industrielle. Le taux de croissance de la Chine d’une année à l’autre risque de chuter de 4 % ou plus dans les trois premiers mois de cette année, ce qui pourrait se traduire par un taux de croissance de 5 % en 2020, ce qui est très faible pour ce pays. Ce recul sera modéré par les efforts déployés par la Chine pour lutter contre l’éclosion, lesquels pourraient contribuer à la croissance économique (notamment par la hausse des activités de soins de santé) ainsi que par les mesures fiscales et financières mises en place pour contrer le ralentissement.

À mesure que la grippe se propage dans d’autres pays, l’activité économique de ces derniers sera freinée par les efforts déployés pour contenir le virus. L’étendue des perturbations économiques sera proportionnelle à l’ampleur de l’éclosion, que nous ignorons pour l’instant.

Pour le Canada, l’éclosion du coronavirus et ses retombées auront différentes répercussions sur l’activité économique cette année :

  1. La réduction de la croissance de l’économie mondiale atténuera la demande de matières premières et provoquera une baisse des prix des produits de base. La faiblesse des secteurs des produits de base pèsera sur l’activité économique dans les provinces qui dépendent fortement des produits de base, et aura un effet d’entraînement sur les secteurs connexes.
  2. Les régions qui doivent déployer des efforts concertés pour contenir la grippe connaîtront un repli des dépenses de consommation et des investissements. Ce phénomène aura des retombées négatives sur le commerce entre ces régions et le Canada, en entraînant une réduction des exportations provenant du Canada, ainsi qu’une baisse des importations vers le Canada en provenance des régions touchées. Ce second effet pourrait provoquer des pénuries de stocks sur le marché intérieur.
  3. Le fléchissement de la production industrielle dans les régions touchées se fera sentir dans les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale, ce qui aura une incidence directe sur les exportateurs canadiens. Les effets indirects risquent aussi d’être importants. Par exemple, les entreprises canadiennes peuvent vendre à des sociétés situées à l’extérieur de la Chine, mais qui sont aussi touchées par la réduction de la demande chinoise, ce qui aura des répercussions sur les exportateurs canadiens. Autrement dit, des entreprises canadiennes pourraient subir des effets indirects liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
  4. Les enjeux sectoriels sont grands. Le secteur du transport – routier, maritime et aérien – sera touché par le ralentissement du commerce des biens. Certains secteurs sont plus vulnérables. Par exemple, en Chine, certains secteurs sont plus touchés par le confinement de villes chinoises; plus particulièrement, les activités de certains grands acteurs mondiaux des secteurs de l’automobile, de la santé et des technologies seront touchées. Si la grippe se répand dans d’autres villes et que leur confinement s’impose, des vulnérabilités semblables se manifesteront, selon les secteurs qui sont présents dans chacun de ces centres urbains. Il y aura aussi une baisse de l’activité touristique.
  5. L’éclosion a accentué la volatilité financière, ce qui a des conséquences sur le marché des capitaux. Par exemple, le dollar américain s’est renforcé par rapport à la devise canadienne, le billet vert étant une monnaie refuge dans les périodes de risque accru. Étant donné l’importance du marché intérieur américain, l’économie des États-Unis est moins vulnérable aux incidences économiques négatives découlant de l’éclosion. Par ailleurs, les taux d’intérêt ont baissé par suite des nouvelles négatives concernant la propagation du COVID-19. La dépréciation du dollar canadien et la réduction des taux d’intérêt contribuent à atténuer l’incidence négative sur l’économie au pays. Par contre, les marchés boursiers sont aussi en recul. On pourrait soutenir que les gains enregistrés par les marchés boursiers mondiaux l’an dernier étaient excessifs et qu’une correction s’imposait, mais les nouvelles négatives ne favorisent pas la confiance des entreprises et des consommateurs.
  6. L’affaiblissement de la croissance économique provoquera une baisse des recettes fiscales pour les gouvernements, ce qui pourrait mener à une situation budgétaire plus fragile.

Au Canada, du point de vue économique, tout portait à croire que la maîtrise de l’épidémie et le risque limité de contagion internationale diminueraient la croissance économique d’environ 0,2 % cette année. Ce n’est pas de bon augure, car l’économie a affiché un faible rendement au quatrième trimestre de 2019, entraînant un faible départ en ce début d’année. Sans compter les répercussions négatives des blocus ferroviaires, qui nuisent à l’activité économique. Aussi, le suivi économique de la croissance économique en 2020 a diminué à 1,4 %; il s’agit d’un piètre rendement. Les nouvelles de la propagation de la grippe à l’extérieur de la Chine accentuent le risque de ralentissement. À ce point-ci, les perspectives économiques annoncent une faible croissance, et non une récession.

Il convient de souligner que les hypothèses antérieures quant à la faible incidence économique prévue expliquent pourquoi ni la Réserve fédérale américaine ni la Banque du Canada n’ont manifesté l’intention d’assouplir leur politique monétaire dans la foulée des conséquences économiques de l’éclosion du coronavirus. Mais tandis que le risque pour l’économie mondiale s’accentue, les banques centrales sont prêtes à mettre en place les mesures si nécessaire, ce qui apparaît de plus en plus probable.

Nous tenons à préciser ce qui suit : ceci n’est qu’une évaluation préliminaire fondée sur des informations publiées et l’historique de relations économiques. Les conséquences économiques cliniques prévues ne devraient aucunement détourner notre attention du drame humain qui se joue en ce moment.

Les entreprises devraient réfléchir à leurs vulnérabilités directes et indirectes. Elles devraient envisager la possibilité d’exécuter des scénarios ou des simulations de crise selon différentes hypothèses, en portant une attention particulière aux chaînes d’approvisionnement et aux effets de deuxième vague. Cela dit, elles ne devraient pas agir comme si une récession se préparait. Il est important de comprendre les risques, sans toutefois laisser les craintes dicter les décisions d’investissement et d’embauche.

Nous continuerons de suivre l’évolution de la situation et mettrons à jour les prévisions pour le Canada dans le numéro d’avril du rapport trimestriel des perspectives économiques.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.