Posted: 18 Mar. 2020 5 Temps de lecture

Le Canada adopte un important plan de relance, et d’autres mesures sont prévues

Le gouvernement du Canada adopte d’importantes mesures de relance, et d’autres sont à venir

Le gouvernement du Canada a annoncé aujourd’hui un vaste ensemble de mesures de relance budgétaire visant à stabiliser et à soutenir l’économie canadienne touchée par la pandémie de la COVID-19 et par les efforts connexes déployés pour endiguer la maladie. Ces mesures permettront de fournir 27 milliards de dollars en soutien direct aux consommateurs et aux entreprises. Cela comprend également un montant de 55 milliards de dollars qui permettra le report des paiements d’impôt pour les sociétés et les particuliers et fournira un soutien à la liquidité des entreprises. La valeur totale de ces nouvelles mesures s’élève à environ 82 milliards de dollars, soit près de 3,5 % du PIB.

L’annonce de ces nouvelles mesures survient seulement cinq jours après celle des mesures de 10 milliards de dollars qui comprenaient l’élimination du délai de carence du régime d’assurance-emploi, la mise en œuvre d’un programme de travail partagé, un soutien à la liquidité et au crédit par l’intermédiaire du Programme de crédit aux entreprises, ainsi que la réduction, par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), de la réserve de fonds propres pour stabilité intérieure de 1,25 % pour les banques à charte afin d’encourager l’octroi de prêts.

Les mesures annoncées aujourd’hui sont un peu plus importantes que ce à quoi nous nous attendions. Elles ne pourront pas entièrement compenser l’affaiblissement économique qui, selon nous, devrait survenir principalement au deuxième trimestre, mais elles demeurent tout de même significatives puisqu’elles limiteront de façon importante la contraction économique. Par ailleurs, les mesures du gouvernement devraient apaiser les craintes suscitées par le contexte actuel. 

Ces politiques publiques atteignent leur cible. Nos principales préoccupations économiques sont le manque de revenus pour les particuliers et de liquidités pour les entreprises (flux de trésorerie et soldes financiers) en cette période de distanciation sociale, la baisse des revenus des entreprises et la faible demande mondiale. Après la demande faite à la population canadienne de rester à la maison durant la pandémie, les mesures d’aujourd’hui fourniront le soutien nécessaire à ceux et celles qui manqueront de revenus en raison de la pandémie. De même, les mesures destinées aux entreprises les aideront à maintenir leurs liquidités et à survivre jusqu’à ce que l’économie se stabilise. 

Bien que l’ensemble des politiques annoncées aujourd’hui soit énorme selon les normes historiques, d’autres mesures seront probablement annoncées dans les semaines ou les mois à venir. Plus particulièrement, l’annonce de ce matin ne donnait pas de détails sur le soutien aux régions et aux secteurs les plus touchés[SDN1] . Cependant, elle ouvre la voie au lancement par les gouvernements provinciaux de programmes visant plus directement les régions les plus touchées.

Passons en revue les principales mesures annoncées aujourd’hui.

Pour les particuliers, le gouvernement instaure une Allocation pour soins d’urgence (10 G$) pour les gens qui sont malades, en quarantaine ou en isolement ou qui prennent soin de personnes à charge malades. Cette allocation représentera un montant de 900 $ aux deux semaines, pour un maximum de 15 semaines. Le gouvernement offrira également l’Allocation de soutien d’urgence (5 G$) pour les gens qui sont mis à pied ou les travailleurs indépendants qui ne peuvent travailler en raison de la COVID-19. Les particuliers bénéficieront également d’une augmentation du Crédit pour la TPS pouvant aller jusqu’à 400 $ par personne et 600 $ pour les couples, ainsi que d’une augmentation de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) de 300 $ par enfant, en moyenne. Les deux mesures permettront d’injecter 5,5 G$ et 1,9 G$ dans l’économie, respectivement. L’annonce incluait également d’autres mesures visant des groupes précis :

  • (305 M$) argent additionnel pour le soutien aux communautés autochtones;
  •  (190 M$) moratoire de six mois, sans intérêt, sur le remboursement des prêts d’étudiants canadiens;
  • (495 M$) réduction de 25 % des retraits minimums des FERR pour 2020;
  • (158 M$) augmentation du programme Vers un chez-soi;
  • (50 M$) soutien additionnel aux refuges pour femmes et aux centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle;
  • report au 31 août des paiements d’impôt;
  • report des paiements hypothécaires et d’autres produits de crédit pendant six mois pour les particuliers souffrant de la COVID-19;
  • (50 G$) outils de gestion des manquements aux prêts hypothécaires de la SCHL (reports, nouvel amortissement, etc.

Les autres mesures visent les entreprises et constituent un programme de subventions salariales au coût de 3,8 G$ afin d’encourager les petites et moyennes entreprises à maintenir leurs employés en poste. Le programme devrait être en place pendant trois mois pour subventionner jusqu’à 10 % des salaires, pour un maximum de 1 375 $ par employé et de 25 000 $ par employeur. Les entreprises auront également droit à une réduction de leurs remises des retenues d’impôt.

Les entreprises pourront également reporter, jusqu’à après le 31 août 2020, le paiement des soldes d’impôt qui deviennent dus à compter d’aujourd’hui jusqu’en septembre 2020. Cette mesure s’applique aux soldes d’impôt à payer ainsi qu’aux acomptes provisionnels. Pour faire suite aux mesures annoncées précédemment, Exportation et Développement Canada offrira un soutien additionnel aux exportateurs touchés par l’entremise du Compte du Canada, tandis que la Banque de développement du Canada aura davantage la capacité d’aider les petites et moyennes entreprises grâce à du financement provenant de Financement agricole Canada.

Même s’il n’y a pas eu d’annonce de soutien à des secteurs particuliers, le gouvernement consulte actuellement les dirigeants et les parties prenantes des secteurs, et des mesures ciblées devraient venir dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

L’ensemble des mesures de relance du gouvernement du Canada annoncé aujourd’hui est le deuxième annoncé depuis moins d’une semaine. Ces mesures sont souples et conçues pour s’ajuster aux besoins sous-jacents. Ceci étant dit, d’autres mesures fiscales seront probablement mises en place. Malgré la présence de M. Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, l’annonce d’aujourd’hui présentait peu de mesures monétaires de stimulation. Plus particulièrement, la Banque du Canada a décidé de ne pas suivre pour le moment la Réserve fédérale américaine, qui a réduit les taux au plus bas et relancé le programme d’achat d’obligations. Le gouverneur a indiqué qu’un programme d’achat d’obligations, soit une mesure d’assouplissement quantitatif, n’est pas hors de question et constitue un outil de politique monétaire standard. Nous ne nous attendons pas à ce que la Banque du Canada mette en place des mesures d’assouplissement quantitatif pour l’instant, mais nous nous attendons à une autre baisse de 50 points de base du taux directeur à la prochaine date d’annonce préétablie, le 15 avril, en même temps que la présentation des perspectives actualisées.

Pour plus de détails sur les perspectives économiques, veuillez consulter nos plus récentes prévisions publiées aujourd’hui.

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.