Posted: 30 Apr. 2020 5 Temps de lecture

Incidence budgétaire des mesures de stimulation fédérales, fléchissement de l’économie canadienne avant le confinement, évolution sur le plan international

Projections financières du DPB

Le directeur parlementaire du budget (DPB) a publié une mise à jour des projections financières fédérales, selon laquelle le déficit fédéral atteindra 252,1 milliards de dollars cette année, s’établissant à 12,7 % du PIB. Cela porterait le ratio de la dette nette au PIB à 48,4 %. 

Cette estimation est raisonnable selon les hypothèses formulées par le DPB. En ce qui concerne les perspectives économiques, le DPB prévoit une contraction de 12 % du PIB réel cette année, ce qui se rapproche des projections de Deloitte, soit un taux annualisé de près de 11 %. 

Cependant, le déficit risque de se creuser davantage, car les projections du DPB reflètent uniquement l’incidence des mesures budgétaires annoncées jusqu’au 24 avril. À notre avis, le gouvernement fédéral devrait annoncer de nouvelles mesures de stimulation importantes visant à accélérer la relance après le déconfinement. Du coup, le ratio de la dette nette au PIB est susceptible de s’accentuer. La bonne nouvelle, c’est que cette situation demeure financièrement viable, surtout compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt. Lorsque le Canada a traversé une crise financière fédérale durant les années 1990, le ratio de la dette nette au PIB a atteint 67 %. Quoi qu’il en soit, le rééquilibrage budgétaire sera l’un des grands défis des années à venir dans le contexte de l’après COVID.

Fléchissement de l’économie canadienne avant le confinement

Alors que Statistique Canada publiait une estimation provisoire du PIB réel en mars, personne ne devrait être surpris d’apprendre que l’annonce aujourd’hui du PIB réel de février par secteur est essentiellement passée sous silence dans les marchés financiers. Cela dit, il fournit certaines perspectives sur la situation économique canadienne tout juste avant l’arrêt complet des activités. 

L’économie canadienne affichait une maigre croissance de 0,1 % en février. Les services d’enseignement ont connu un recul de 1,8 % au cours du mois en raison des grèves des enseignants en Ontario. L’incidence de l’affaiblissement de l’économie mondiale était indéniable. Le secteur du transport et de l’entreposage était en baisse de 1,1 %; la fabrication s’est repliée de 0,2 %. Les préoccupations découlant de la COVID-19 et ses répercussions sur les voyages à des fins personnelles et professionnelles se sont traduites par un recul de 0,9 % de l’hébergement et des services de restauration.

Quant aux quelques secteurs qui ont affiché une croissance, les arts et le divertissement ont progressé de 0,9 %, le secteur minier a connu une hausse de 0,8 %, l’immobilier a augmenté de 0,5 %, le commerce de gros a grimpé de 0,4 % et le commerce de détail a connu une légère hausse de 0,2 %.  

Statistique Canada a publié un nouveau commentaire sur le mois de mars. Le message le plus important, c’est que les prévisions de ralentissement économique de 9 % pour le mois n’ont pas été révisées. Par ailleurs, son indicateur avancé des voyages aériens témoigne d’une chute de 61 % des arrivées par avion et d’un recul de 32 % du nombre de Canadiens revenant de l’étranger en mars. Le secteur de l’immobilier semble avoir connu une baisse à deux chiffres de l’activité en mars. Les indicateurs préliminaires de la production de véhicules automobiles en mars suggèrent une baisse de 33 %, ce qui a des retombées négatives sur la production de pièces automobiles.

Ce qu’il faut essentiellement retenir, c’est que de nombreux secteurs canadiens montraient déjà des signes de faiblesse alors que s’amorçait la période de confinement au pays, et que, selon les hypothèses les plus probables, l’économie canadienne affichait un recul annualisé de 10 % au premier trimestre de 2020. Permettez-moi aussi de rappeler aux lecteurs que, dans les enquêtes de mars, cette tendance au repli s’observe uniquement dans la première moitié du mois. Les données d’avril devraient démontrer un recul comparable, voire plus marqué, et faire la lumière sur certains des autres coûts économiques engendrés par l’arrêt complet des activités. 

La dernière enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail fait état d’une diminution de la masse salariale avant le confinement. Les pertes d’emploi dans les secteurs du commerce de gros, de l’hébergement et des services de restauration, du transport et de l’entreposage ont donné lieu à une réduction de la masse salariale à hauteur de 35 000 en février. Les gains ont augmenté de 3,7 % sur 12 mois en février, soit une hausse importante. Par contre, nous sommes tous conscients de la perte de revenus que les travailleurs ont subie en mars. 

Évolution sur le plan international

L’Union européenne a affiché une contraction de 3,5 % au premier trimestre, ou un taux annualisé de 13,3 %. Il s’agit d’un repli plus prononcé qu’au Canada ou aux États-Unis. Parmi les plus grandes économies membres de l’UE, la France et l’Espagne sont les plus touchées, avec un recul trimestriel non annualisé de 5,8 % et 5,2 % respectivement. En Italie, le PIB réel a fléchi de 4,7 % après avoir reculé de 0,3 % au trimestre précédent. L’Italie et la France sont maintenant entrées en récession, selon la définition de deux trimestres successifs de croissance négative.

Dans l’UE, l’inflation est passée de 0,7 % en mars à 0,4 % en avril, soit la croissance la plus faible en quatre ans. Les dernières données indiquent une diminution des prix en Espagne, en Grèce, en Slovénie et en Finlande. Cette baisse est largement attribuable à la chute des prix de l’énergie, mais il y a néanmoins un risque que la déflation s’installe.

En Chine, le secteur manufacturier pourrait avoir renoué avec la contraction en avril. L’indice des directeurs des achats IHS Markit au pays a de nouveau chuté en deçà des 50 points, soit le seuil de croissance. 

Bloomberg rapporte que les grandes banques mondiales ont établi un budget de 66 milliards de dollars pour les prêts irrécouvrables dans la foulée de l’arrêt complet de l’activité économique. Les banques américaines ont mis en réserve 26 milliards de dollars US, et les plus grandes banques européennes, 11,5 milliards de dollars US. Cela donne une indication précoce de l’ampleur des dommages financiers en Europe.  

La Réserve fédérale des États-Unis a élargi l’accessibilité de sa Main Street Lending Facility en permettant à de plus grandes entreprises de se prévaloir de cette facilité de crédit. Le montant du financement total n’a pas changé. 

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Économiste en chef et Conseiller de direction

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.