relations chine-afrique

Point de vue

Relations Chine-Afrique

Le ralentissement chinois est l’occasion de transformer les économies africaines

Entre krach boursier et dévaluation soudaine du yuan, la Chine s’essouffle et laisse derrière elle l’âge d’or d’une croissance à deux chiffres. Le ralentissement de la deuxième économie mondiale entraîne irrémédiablement dans son sillage l’Afrique, son premier partenaire commercial, qui a déjà vu ses exportations vers la Chine s’effondrer de 43 % au premier semestre 2015.

Une influence chinoise accrue en Afrique

La Chine n’a cessé d’étendre sa présence en Afrique, à tel point qu’elle s’est hissée au rang de premier partenaire commercial du continent, détrônant au passage les Etats-Unis, avec un volume d’échanges commerciaux ayant atteint 220 milliards de dollars en 2014.

La hausse soutenue des besoins chinois en matières premières a été le moteur de la croissance africaine. Beaucoup de pays ont ainsi construit leur modèle de croissance sur l’exportation de matières premières telles que le minerai de fer, le pétrole, le manganèse, le cuivre et le fer. Sans surprise, environ 25 % des exportations africaines prennent la route de la Chine aujourd’hui, un nombre limité à 5 % il y dix ans. Nous devons toutefois retenir que tous les pays ne contribuent pas à part égale à ces exportations. L’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Angola génèrent d’ailleurs à eux seuls la moitié des échanges bilatéraux.

Le géant asiatique s’engage aussi en Afrique via ses investissements directs, en constante augmentation depuis quelques années. En 2014, ils se sont chiffrés à 4 milliards de dollars, soit 14 % de plus que l’année précédente.

Enfin, ne négligeons pas les projets d’infrastructures, un terrain où la Chine est en passe de laisser son empreinte. En effet, près de 40 % des grands projets d’infrastructures africains en cours ont été remportés par la République populaire. Les programmes de développement d’infrastructures sont devenus cruciaux pour l’Afrique et leur financement est assuré par des entreprises privées ou des organismes publics chinois. L’Exim Bank of China, l’un des bailleurs de fonds publics les plus importants, a ainsi injecté plus de 65 milliards de dollars en financement de projets entre 2001 et 2010 sous forme de prêts aux gouvernements. Particulièrement active au Cameroun, elle y finance notamment un barrage, un port en eau profonde, une autoroute et… le développement de la fibre optique.

220 milliards $ d'échanges commerciaux Chine-Afrique en 2014

1/4 des exportations africaines destinées à la Chine

4 milliards $ d'investissements directs chinois en Afrique

40 % des projets d'infrastructures africains en cours remportés par la Chine

65 milliards $ de financement de projets alloués par l'Exim Bank of China 

 

L’impact du ralentissement chinois et de la dévaluation du yuan

Le ralentissement chinois met l’Afrique sous pression : baisse des besoins en matières premières, crainte d’une diminution des financements accordés... Les menaces s’accumulent. Il est certain qu’à court-terme l’Afrique subira le contrecoup du recul économique de son partenaire. Déjà, la baisse des exportations a resserré l’étau autour des nombreux pays ayant misé entièrement sur l’industrie extractive, au rang desquels figurent l’Angola, le Gabon, la Guinée équatoriale, l’Algérie ou la Zambie. Ce manque de diversification les surexpose aux variations de l’offre et de la demande mondiale, influencées par la Chine. L’Angola et la Zambie se retrouvent ainsi en mauvaise posture dès lors que 40 % du pétrole angolais et 80 % du cuivre zambien prennent la direction de la Chine. Même constat pour l’Afrique du Sud qui a déjà vu ses exportations en fer chuter de 40 %, un coup dur porté à ses recettes budgétaires et fiscales.

Surexposition des pays africains

Chute de 40 % des exportations en fer sud-africaines en 2015

Vers une industrialisation des économies du continent ?

Le modèle de croissance africain actuel doit être repensé. Ce modèle basé sur l’exportation de ressources n’est plus viable et doit faire place à une économie de substitution à même d’amoindrir la dépendance de l’Afrique au marché des matières premières.


Il faut savoir que l’Afrique dispose d’un marché intérieur d’un milliard de personnes, chiffre en passe d’être doublé d’ici 2060. A cet horizon, plus d’un milliard de personnes appartiendront en outre à la classe moyenne, une tranche sociale qui compte aujourd’hui environ 350 millions d’individus. La nouvelle équation africaine réside donc dans le développement d’une industrie à valeur ajoutée, qui soutiendrait la demande intérieure et la création d’emplois sous-jacente. L’Ethiopie et le Kenya montrent déjà la voie en conquérant des secteurs comme l’automobile, le textile ou le plastique. Le Gabon commence aussi à diversifier ses activités en se tournant vers des projets agro-industriels et, à moindre mesure, touristiques.

Quel modèle de croissance pour l'Afrique ?

Le poids considérable de la Chine en Afrique fait craindre des risques à court terme pour le continent. Dans le même temps, celui-ci a une chance unique de développer son industrie, seule voie de croissance pérenne possible, pour ainsi réduire sa dépendance aux matières premières. A terme, la Chine s’impliquera toujours autant en Afrique car elle connaît le potentiel de croissance de ce marché, poussé par sa démographie et sa classe moyenne grandissante. Seule l’évolution de cette implication reste à définir…