Posted: 06 Jul. 2020 5 Temps de lecture

L’enquête sur les perspectives des entreprises annonce une lente reprise, l’enquête sur les attentes des consommateurs concerne davantage les conditions actuelles 

Ce matin, la Banque du Canada a publié le numéro de l’été 2020 de l’enquête sur les perspectives des entreprises. Il s’agit d’une publication économique clé, puisque les marchés et les économistes la considèrent comme un indicateur fiable de la confiance et des attentes des entreprises. Sans surprise, l’indicateur global des perspectives des entreprises et ses éléments sous-jacents ont chuté, reflétant les répercussions de la pandémie et le choc énergétique. 

À mon sens, il y a deux principaux points à retenir. Premièrement, même si les réponses sont peu réjouissantes, il est intéressant de noter que les chiffres sont moins pessimistes que lors de la récession de 2008-2009. Cela suppose que, même si l’économie est susceptible de connaître un repli deux fois plus prononcé qu’à la dernière récession, la confiance des entreprises en 2020 dénote une plus grande résilience au cours de la présente crise. Cela reflète probablement les attentes à l’égard de la reprise suivant la réouverture de l’économie. L’enquête a été réalisée de la mi-mai au début juin, en même temps que les premières étapes du déconfinement. Deuxièmement, les éléments de l’enquête portant sur les perspectives et l’inflation suggèrent que, même si le monde des affaires envisage la reprise avec optimisme, il s’attend à une relance lente ou prolongée.

L’indicateur global de l’enquête est passé d’une valeur modeste de 0,8 point au quatrième trimestre de 2019 à une valeur de ‑0,5 et de ‑7 aux premier et deuxième trimestres de 2020, ce qui demeure moins négatif que le creux de ‑8,25 points atteint lors de la récession de 2008. Si la reprise des activités est soutenue par un excellent rythme de redressement, le prochain rapport d’enquête devrait faire état de meilleurs résultats. Si une deuxième vague menace la croissance, les résultats n’auront pas nécessairement atteint leur plus bas niveau pour le cycle actuel.

En ce qui a trait aux sous-éléments, bon nombre d’entre eux sont présentés sous forme de solde des opinions, qui consiste à soustraire les réponses positives des réponses négatives. Selon ce paramètre, 44 % d’entreprises de plus ont signalé un recul des ventes au cours des 12 derniers mois. De même, 56 % d’entreprises de plus ont rapporté une détérioration des indicateurs des ventes futures, alors que 35 % de participants de plus à l’enquête s’attendent à un affaiblissement des ventes au cours des 12 mois à venir. La différence entre les indicateurs et les attentes s’explique probablement par la prévision selon laquelle la relance des activités entraînera une reprise des ventes, sans toutefois qu’elles atteignent les niveaux prévus avant la COVID. La moitié des exportateurs anticipent une baisse de leurs ventes pour l’année à venir, ce qui démontre que le Canada subit les contrecoups de la récession mondiale. Il est intéressant de noter que les entreprises manufacturières exportatrices prévoient un redressement des ventes, contrairement aux exportateurs du secteur des services. Globalement, 40 % des entreprises indiquent que leurs ventes devraient se rétablir complètement d’ici un an, et près de 15 % d’entre elles s’attendent à un redressement quasi complet de leurs ventes, tandis que près de 45 % n’anticipent qu’un relèvement partiel de leurs ventes. 

L’enquête révèle également comment les entreprises réagissent au ralentissement. Dans l’ensemble, 30 % d’entreprises de plus ont l’intention de sabrer les investissements au cours de l’année à venir en raison du recul de la demande au pays et à l’étranger. Ceux qui entendent hausser leurs investissements se concentrent sur la numérisation, les améliorations de productivité ou le passage ou télétravail. Près de 60 % des répondants s’attendent à ce que la totalité de leurs effectifs retourne au travail ou n’ont procédé à aucune mise à pied, alors que 11 % prévoient un retour presque complet des effectifs. Cela signifie que près de 30 % d’entre eux ont réduit leur masse salariale. Les intentions d’embauche sont faibles, alors que seulement 22 % d’entreprises de plus comptent recruter des employés, ce qui est tout de même mieux que lors de la dernière récession, où le solde des opinions témoignait d’un recul de l’embauche pendant deux trimestres consécutifs. 

Dans l’ensemble, les entreprises s’attendent à une croissance plus modérée des prix. Bon nombre d’entreprises du secteur des services prévoient une baisse des prix des intrants, tandis que d’autres font état d’une hausse des prix des intrants découlant de la perturbation des chaînes d’approvisionnement et de la faiblesse du dollar canadien. Elles sont moins divisées sur la question des prix des extrants, alors que 20 % d’entreprises de plus prévoient un ralentissement de la croissance du prix des extrants. Les attentes d’inflation ont presque atteint leur niveau le plus bas, tandis que 25 % des répondants prévoient une inflation inférieure à 1 % et 37 % d’entre eux s’attendent à ce que l’inflation se situe entre 1 % et 2 %. Je tiens toutefois à souligner que la confiance à l’égard de l’inflation était plus faible lors de la récession de 2008-2009.

Les opinions concernant les conditions du crédit suggèrent un resserrement de ces conditions, mais beaucoup moins qu’au cours de la crise financière de 2008, notamment en raison des mesures budgétaires et monétaires qui ont été déployées pour maintenir l’accès au crédit durant la crise.

L’enquête sur les perspectives des entreprises reflète la chute précipitée des ventes attribuable à la pandémie et au confinement. Les indicateurs avancés suggèrent une lente reprise. Cela dit, il est encourageant de constater que la confiance des entreprises est moins négative que lors de la dernière récession, ce qui porte à croire qu’un pire contexte économique donne lieu à plus d’espoir. 

Les derniers résultats de l’enquête sur les attentes des consommateurs au Canada ont également été publiés aujourd’hui. Cette enquête a été réalisée auprès de particuliers entre le 11 mai et le 1er juin. Les attentes d’inflation à court terme ont augmenté, reflétant sans doute la hausse des prix des aliments. Par contre, les prix de nombreux biens ont chuté, comme celui de l’essence, mais la demande pour ces produits a également fléchi. Par conséquent, nous vivons une situation où les consommateurs subissent l’effet des prix plus élevés pour les produits essentiels, sans bénéficier du recul des prix des produits non essentiels ou consommés ailleurs qu’à la maison. En revanche, les attentes d’inflation dans un horizon de deux ans sont demeurées stables, et celles dans un horizon de cinq ans ont diminué. La Banque du Canada a signalé une plus grande divergence de points de vue par rapport aux sondages antérieurs, ce qui reflète le degré élevé d’incertitude en ce moment.

Les attentes à l’égard du marché du travail ont nettement baissé, ce qui n’a rien d’étonnant vu la perte de millions d’emplois depuis le début de l’année. La probabilité de perte d’emploi prévue au cours de l’année à venir a bondi à 18 %. Les attentes envers la croissance des salaires ont fléchi, alors que la plupart des répondants prévoient que les salaires augmenteront à un taux inférieur à l’inflation.

Les attentes relatives à la croissance des dépenses ont diminué davantage que celles liées à la croissance des salaires, témoignant de la prudence des consommateurs. On observe une perception selon laquelle l’accès au crédit s’est détérioré, et la croissance du prix des logements est susceptible d’être proche de zéro. 

Dans la foulée de la COVID-19, les consommateurs s’attendaient à dépenser davantage pour l’épicerie, les frais de logement, et la santé et les soins personnels. À l’inverse, ils s’attendaient à une diminution des dépenses consacrées aux voyages et au transport, aux restaurants et au divertissement, et aux produits coûteux (voitures et électroménagers, éducation et vêtements). Cela concorde avec les données récentes de Statistique Canada sur les dépenses liées au commerce de détail et de gros.

Globalement, ces perspectives sur les attentes des consommateurs ne sont pas surprenantes. Ce rapport semble brosser un portrait de la situation des consommateurs dans le moment présent, et non de ce que l’avenir leur réserve. 

Perspectives économiques

Un aperçu régulièrement mis à jour par les Services économiques de Deloitte qui fournit des commentaires de l’économiste en chef Craig Alexander sur les derniers événements qui façonnent les économies canadienne et mondiale, incluant la croissance économique, les investissements d’entreprises, le commerce et l’activité sur les marchés. Notre analyse vous donne les connaissances nécessaires pour régler les problèmes d’affaires actuels les plus difficiles.

À propos de l’auteur

Craig Alexander

Craig Alexander

Associé et économiste en chef

Craig Alexander est le premier économiste en chef de Deloitte Canada, et il possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur privé à titre de cadre supérieur et d’économiste en chef dans les domaines de l’économie appliquée et des prévisions économiques. M. Alexander a effectué des recherches macroéconomiques et des analyses régionales et sectorielles, ainsi que des prévisions et de la modélisation relatives aux marchés fiscaux. Il est également un conférencier passionné, et il est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en économie de l’Université de Toronto.