Perspectives

L’avenir de la mobilité

Un dialogue de première importance est en cours au sein du grand secteur automobile mondial quant à l’évolution future du transport et de la mobilité, et ses ramifications s’étendent aux entreprises dans les différentes sphères de l’économie. Ce dialogue est motivé par la convergence d’une série de forces qui révolutionnent le secteur et de grandes tendances, notamment les progrès rapides liés aux véhicules connectés, l’évolution des préférences vers le recours au transport payable à l’utilisation et l’émergence des véhicules autonomes.

Somme toute, un système qui est bien établi depuis un siècle est sur le point de connaître une transformation d’envergure qui pourrait entraîner l’émergence d’un nouvel écosystème de mobilité personnelle.

Ces discussions portent sur la question de savoir si le grand secteur automobile évoluera progressivement vers un futur écosystème de mobilité ou si les changements se produiront à un rythme plus accéléré et de façon plus perturbatrice. Personne ne peut prédire l’étendue et l’ampleur des changements à venir, leurs répercussions ou la façon dont ils évolueront; mais ces forces pourraient modifier les structures sectorielles, les modèles d’affaires, la dynamique concurrentielle, la création de valeur et les propositions de valeur au client.

Le changement qui s’annonce pourrait être plus important que ce que tout autre secteur a connu à ce jour », indique Eamonn Kelly, directeur de service, Deloitte Consulting LLP, et chef du marketing de la pratique Stratégie et opérations de Deloitte. « Ces profondes perturbations pourraient s’étendre bien au-delà du secteur automobile en soi. De nombreux autres aspects de l’économie moderne qui comptent sur le maintien des véhicules personnels, conduits par des humains, pourraient aussi être touchés.

Un système qui est bien établi depuis un siècle est sur le point de connaître une transformation d’envergure.

« Le changement qui s’annonce pourrait être plus important que ce que tout autre secteur a connu à ce jour. Ces profondes perturbations pourraient s’étendre bien au-delà du secteur automobile. »
Eamonn Kelly Directeur de service, Deloitte Consulting LLP

Conjointement avec Scott Corwin, Joe Vitale et Elizabeth Cathles, M. Kelly a corédigé un récent rapport pour les Presses de l’Université Deloitte intitulé L’avenir de la mobilité (en anglais), expliquant les forces dynamiques qui ont la capacité de refaçonner l’écosystème de mobilité qui permet la circulation des gens et des biens partout dans le monde. Les véhicules partagés et la conduite autonome ne sont que deux des nouveautés citées qui promettent de bouleverser les modèles d’affaires traditionnels dans le secteur automobile, entre de nombreux autres. Les frontières entre les fabricants de véhicules, les sociétés technologiques et les autres entreprises deviennent floues, à mesure que la prolifération de données crée de nouvelles conditions de concurrence et de collaboration.

L’information est diffusée et utilisée à l’aide de nouveaux moyens permettant d’assurer le continuum des soins.

En conséquence, les auteurs envisagent quatre états futurs potentiels du système de mobilité :

  1. Changement progressif
    Cette vision très conservatrice de l’avenir accorde énormément de poids aux innombrables actifs engagés dans le système actuel et considère que la possession de véhicules privés demeurera la norme.
  2. L’univers de l’autopartage
    L’accès partagé aux véhicules ne cesse d’augmenter, en raison des économies d’échelle, de la concurrence accrue et de la préférence des passagers à l’égard du transport pratique d’un point à un autre.
  3. la révolution des automobiles sans conducteur
    La technologie des véhicules autonomes s’avère viable, sécuritaire, pratique et économique, mais la propriété privée prévaut toujours.
  4. Une nouvelle ère de l’autonomie accessible
    On assiste à la convergence des tendances des véhicules partagés et autonomes, ce qui donne lieu à un groupe d’entreprises de gestion de la mobilité qui offrent un éventail d’expériences pour les passagers afin de répondre à des besoins très variés à différents prix.

Si des forces telles que la réglementation et les attitudes sur le plan social peuvent avoir une incidence sur les scénarios plus ambitieux, Eammon Kelly croit que l’innovation en matière de mobilité est un prolongement naturel de la façon dont les écosystèmes d’affaires évoluent dans le monde d’aujourd’hui. Dans de nombreux secteurs, les entreprises et entrepreneurs, habilités par les données et la connectivité croissante, unissent leurs efforts pour proposer des solutions qui répondent aux besoins et aux désirs des gens.

Par exemple, M. Kelly établit des parallèles dans le domaine des soins de santé, où les percées technologiques et la disponibilité des données transforment les soins aux patients et la prévention des maladies.

« Il faut plutôt voir cela comme une transition vers la réalisation des résultats désirés par des moyens systémiques qui étaient autrefois impossibles. Par exemple, nous recherchons probablement tous le mieux-être, pas nécessairement des visites ardues chez le médecin, des médicaments ou des chirurgies, affirme M. Kelly. De nos jours, on constate que l’information est diffusée et utilisée à l’aide de nouveaux moyens permettant d’assurer le contimuum de la prévention et des soins, ce qui crée la possibilité d’obtenir des résultats bien supérieurs. La mobilité évoluera peut-être de la même manière, en permettant aux gens d’obtenir ce qu’ils veulent vraiment, soit en offrant des moyens sûrs, pratiques, rassurants et rapides de se déplacer au moment et à l’endroit voulus, par de nouveaux moyens. »

Cela comprend le désir d’obtenir des produits plus rapidement. Après tout, la mobilité ne se borne pas à la circulation des gens; il s’agit aussi de la circulation des objets. Le futur écosystème de mobilité pourrait transformer grandement la nature de la distribution et de la logistique. La livraison de marchandises et le camionnage sur longue distance pourraient en tirer des avantages énormes. On peut facilement imaginer un avenir où les délais de livraison sont réduits et où les coûts chutent grâce à des camions autonomes qui peuvent rouler sur des périodes prolongées et parcourir de plus grandes distances.

Ces changements auraient des répercussions sur les entreprises dans les différentes sphères de l’économie. Les détaillants pourraient augmenter les ventes auprès des aînés et d’autres segments mal servis en offrant davantage d’options de livraison à domicile.

Les sociétés de télécommunications pourraient être confrontées à des besoins croissants en matière de bande passante pour répondre à une demande accrue de connectivité et de fiabilité. Les sociétés de médias pourraient en tirer profit, car la conduite autonome et la mobilité partagée laissent davantage de temps pour la consommation de contenu multimédia et d’informations. Par ailleurs, la diminution du nombre d’accidents associés aux automobiles exercerait une pression à la baisse sur les frais médicaux et juridiques. Ces changements de valeurs pourraient avoir une incidence importante sur l’avenir de nombreux secteurs.

Toutefois, tandis que les véhicules poursuivent leur parcours vers une autonomie toujours plus grande, il devrait y avoir d’importantes différences selon l’emplacement. Au Canada, l’autonomie, même partielle, des véhicules de particuliers sur les voies publiques prendra sans doute du retard en raison de notre climat.

Cela s’explique par le fait que le climat a une incidence sur la technologie des véhicules autonomes. À l’heure actuelle, il existe deux méthodes différentes qui permettent aux voitures-robots de « voir » la route : la première est un système de détection par laser fixé sur le toit, ou LIDAR, comme c’est le cas de la voiture Google; la deuxième est une série de caméras traditionnelles, comme dans le mode autonome de la Tesla. Les deux méthodes fonctionnent bien dans des climats doux, mais la solution LIDAR ne fonctionne pas bien lorsqu’il neige, et les caméras traditionnelles doivent être en mesure de détecter le marquage des voies, ce qui est impossible lorsqu’il y a à peine deux ou trois centimètres de neige sur la route. En fait, des voitures autonomes rouleront à Tel-Aviv et à Silicon Valley bien avant de faire leur apparition à Toronto ou à Sudbury.

En revanche, les propriétés privées constitueront l’un des premiers marchés les plus importants pour les véhicules autonomes, où les entreprises sont aux prises avec diverses préoccupations concernant l’interaction avec les véhicules actionnés par un être humain. Des essais de véhicules autonomes sont susceptibles de se produire dans les sites d’exploitation minière, les zones d’exploitation forestière et les énormes projets de sables bitumineux, où leur utilisation commerciale est relativement imminente. En fait, pour ce genre de conduite autonome, le Canada devrait s’imposer en tant que chef de file mondial.

Les chefs de sociétés privées doivent exploiter leurs capacités entreprenariales intrinsèques et commencer à déterminer comment les modifications liées à l’écosystème de mobilité influeront sur leurs besoins de ressources, leurs décisions liées aux dépenses en immobilisations, leurs stratégies des talents et leurs investissements liés aux technologies, sans oublier leurs concurrents. Si vous ne tenez pas compte des possibilités qui s’offrent à vous, quelqu’un d’autre le fera.

Pour les secteurs, les variations de valeur pourraient avoir un effet énorme sur les revenus à l’échelle de l’écosystème.

Auteur

Mathieu Courtat
Partner Consulting
mcourtat@deloitte.ca
 

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